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Crise des migrants: bientôt une reprise des arrivées depuis la Libye?


Photo d'archives: Des migrants africains se reposent après avoir été secourus par les garde-côtes libyennes, à l'ouest de Tripoli, Libye, le lundi 21 décembre 2015.

Photo d'archives: Des migrants africains se reposent après avoir été secourus par les garde-côtes libyennes, à l'ouest de Tripoli, Libye, le lundi 21 décembre 2015.

Alors que le printemps n'est même pas entamé, plusieurs milliers de migrants venus de Libye ont été secourus en trois jours dans le sud de la Méditerranée, faisant craindre un nouveau front dans la crise des migrants.

L'Italie et son île de Lampedusa, qui avaient vu plus de 150.000 migrants débarquer en 2015, reviendraient ainsi aux avant-postes de la crise migratoire en Europe.

Ces nouvelles arrivées vers le sud de l'Europe interviennent en plein marchandage de l'Union européenne avec la Turquie pour tenter de juguler l'autre grande route des migrants sur le flanc sud-est du continent, via la mer Egée et la Grèce.

Réunis vendredi à Bruxelles autour de la chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini, les dirigeants de six pays européens ont évoqué à cette occasion la situation politique et sécuritaire "préoccupante" en Libye.

Jeudi soir, le président français François Hollande a jugé le "risque très sérieux", si "le chaos demeure (en Libye), qu'il y ait de nouveaux mouvements de populations" passant par "Malte, l'Italie et demain, une fois encore, des pays comme l'Allemagne et la France".

"C'est évident, le printemps va ramener beaucoup de migrants (depuis la Libye)", prévient l'amiral Alain Coldefy, directeur de la revue Défense Nationale.

Après plusieurs semaines de calme relatif dans le sud de la Méditerranée, sans pratiquement aucun départ des côtes libyennes, plus de 3.100 migrants ont été secourus depuis mardi et ramenés sur les côtes italiennes.

Difficile à ce stade de savoir s'il s'agit des prémices d'une arrivée massive, ou de l'une de ces habituelles vagues de migrants jetés dans des zodiacs au gré des brutalités et de la cupidité des passeurs, ou à la faveur des embellies de la météo.

Plus de 2.500 migrants avaient été secourus fin janvier en quatre jours. Puis presque plus rien depuis lors.

Selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), quelque 11.912 arrivées par la mer en Italie ont été comptabilisées depuis le début de l'année, la quasi-totalité originaires d'Afrique noire. Fin mars 2015, pour la même période, ils étaient 10.165 à avoir réussi la traversée.

Il y a donc bien une augmentation, mais pas encore significative. A titre de comparaison, plus de 143.000 personnes ont traversé la mer Egée entre la Turquie et la Grèce juste ces trois derniers mois.

- 'Tremplin' -

Jeudi, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a mis en garde contre "le risque d'une vague de réfugiés deux ou trois fois plus grande qu'aujourd'hui".

En début de semaine, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a lui souligné le "risque majeur" que l'Etat islamique (EI) organise le passage de migrants vers Lampedusa depuis les zones qu'il contrôle sur le littoral libyen.

Alors que les attentats de Paris en novembre ont montré la capacité de l'EI à infiltrer ses militants en Europe depuis la Syrie et l'Irak, "il y a une très forte possibilité que l'EI se serve de la Libye comme d'un tremplin vers l'Europe", a également estimé jeudi le centre de réflexion Combating Terrorism center (CTC).

"A partir du printemps on est plus tenté de se lancer dans la traversée qu'en hiver", explique à l'AFP l'amiral Coldefy. "Mais surtout, alors que nous sommes en train de passer un accord avec la Turquie, que la route d'émigration par la Grèce est peut-être en train de s'essouffler, la voie naturelle et la plus simple pour les migrants sera de passer par la Libye".

"Le sud de la Méditerranée va forcément redevenir un flux important, et cela va bien sûr profiter à Daech (acronyme en arabe de l'EI)", souligne-t-il.

Par le passé, l'EI a violemment critiqué ceux qui tentent de quitter les terres d'islam pour s'installer chez les "infidèles".

Mais le trafic des migrants vers l'Europe est à la fois une source juteuse de revenus et une arme de déstabilisation massive contre le vieux continent.

Par ailleurs, ce trafic humain ne concerne pas que l'EI, mais s'étend sur une grande partie du littoral libyen sous le contrôle d'une myriade de groupes armés. Un pan entier de l'économie libyenne s'est tourné vers le trafic des migrants, avec dans certaines zones côtières 50% des revenus qui proviennent des migrations clandestines, selon les marines européennes.

Avec AFP

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