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Le procès de Simone Gbagbo se poursuivra sans elle


Lors du procès de Simone Gbagbo à Abidjan en Côte d'Ivoire, le 26 décembre 2014.

Lors du procès de Simone Gbagbo à Abidjan en Côte d'Ivoire, le 26 décembre 2014.

Le procès pour crimes contre l'humanité de l'ex-première dame de Côte d'Ivoire, Simone Gbagbo, se poursuivra sans elle et avec des avocats commis d'office, a décidé le président de la Cour d'assises, le juge Boiqui Kouadjo.

Mercredi, Mme Gbagbo a refusé de comparaître et ses avocats étaient absents à la séance. Le juge Kouadjo a estimé qu'on pouvait "passer outre" la présence de Mme Gbagbo pour poursuivre les débats.

Il a ensuite commis d'office plusieurs avocats et renvoyé la prochaine audience au 28 novembre.

"Nous n'allons pas comparaître à un procès où elle va se faire condamner sans élément de preuve et sans que les acteurs des dits faits soient entendus."

Interrogé par VOA Afrique, Me Rodrigue Dadié, l'un des avocats de Simone Gbagbo explique que sa cliente ne comparaitra pas.

"Nous n'allons pas comparaître à un procès où elle va se faire condamner sans élément de preuve et sans que les acteurs des dits faits soient entendus", a déclaré Me Dadié.

D'après le récit fait par la Cour, Mme Gbagbo a refusé la sommation qui lui était faite mardi de se présenter mercredi: "Je ne veux pas vous recevoir, je ne veux pas savoir de quoi il s'agit", a-t-elle dit à l'huissier chargé de lui transmettre sa convocation dans sa cellule, selon le document de celui-ci lu par le greffier du tribunal.

Mme Gbagbo refuse de comparaitre depuis plusieurs séances pour protester contre la non-comparution en tant que témoins de plusieurs personnalités ivoiriennes, dont l'actuel président de l'Assemblée nationale et ancien chef de la rébellion Guillaume Soro, l'ancien Premier ministre Jeannot Kouadio Ahoussou ou l'ex-ministre Charles Koffi Diby.

La loi prévoit que le président opte entre forcer l'accusé à être présent manu militari ou se passer de l'accusé s'il estime que sa présence n'est pas nécessaire. Suivant les recommandations du procureur et des parties civiles, le juge a donc choisi de ne pas faire usage de la force.

"C'est elle qui a décidé de ne pas comparaitre. On peut très bien se passer desa présence. Elle s'est longuement exprimé, ses avocats aussi", depuis le début du procès le 31 mai, a commenté le procureur Aly Yéo.

L'ex-président tchadien "Hissène Habré n'a pas voulu comparaitre volontairement (devant le Tribunal spécial africain de Dakar). Il a été obligé de venir. Il n'a jamais ouvert la bouche. Lorsque le verdict (perpétuité) est tombé tout le monde a applaudi pour dire que c'était un procès exemplaire (...) Elle (Mme Gbagbo) a parlé pendant plusieurs mois et au dernier moment elle ne comparait pas", a-t-il poursuivi.

"C'est du dilatoire. C'est une volonté de décrédibiliser" le procès parce que l'accusée est "en mauvaise posture", a-t-il conclu.

Avant le début de l'audience, Me Félix Bobré, un des avocats de la défense, avait souligné: "Les témoignages des personnes dont on demande la comparution sont déterminants".

"Sur le bombardement du marché d'Abobo et la marche des femmes dans ce quartier, les gendarmes sont mis en cause: il faut que le patron de la gendarmerie soit entendu pour nous dire ce qu'il en est", a-t-il estimé, en réclamant aussi le témoignage du directeur général de la police.

L'avocat insiste sur la comparution de Guillaume Soro: "Il y a des images qui le montrent en train de donner des ordres à des hommes armés pour installer par la force un directeur à la RTI", la Radio télévision ivoirienne.

Mme Gbagbo comparaît pour son implication présumée dans des tirs d'obus sur le marché d'Abobo, un quartier favorable à Alassane Ouattara - le rival de son mari à la présidentielle de novembre 2010 -, dans la sanglante répression des femmes d'Abobo et pour sa participation à une cellule de crise qui planifiait et organisait des attaques menées par des milices et des membres des forces armées.

Ces crimes ont été commis lors de la crise post-électorale de 2010-2011, qui a fait plus de 3.000 morts en cinq mois dans le pays après le refus de M. Gbagbo de reconnaître la victoire de M. Ouattara à la présidentielle de 2010.

Simone Gbagbo purge actuellement une première peine de 20 ans pour "atteinte à la sûreté de l'Etat".

Avec AFP

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