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Côte d'Ivoire : condamnations à perpétuité de trois militaires pro-Gbagbo pour l'assassinat de l'ex-chef de la junte Guéï


Le portrait du général Robert Guéï à Abidjan, le 18 aout 2006.

Le portrait du général Robert Guéï à Abidjan, le 18 aout 2006.

Au terme de près d'un mois de procès, le tribunal a jugé coupable d'"assassinat" le commandant Anselme Séka Yapo et de "complicité d'assassinat" le général Brunot Dogbo Blé, ainsi que le sergent-chef Daléba Séry.

Trois militaires fidèles à l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo ont été condamnés mercredi à la prison à perpétuité pour l'assassinat en 2002 du général Robert Guéï, ex-chef de la junte en Côte d'Ivoire, des peines lourdes conformes aux réquisitions.

Au terme de près d'un mois de procès, le tribunal a jugé coupable d'"assassinat" le commandant Anselme Séka Yapo, ancien chef de la sécurité rapprochée de l'ex-Première dame Simone Gbagbo, et de "complicité d'assassinat" le général Brunot Dogbo Blé, ancien commandant de la Garde républicaine, ainsi que le sergent-chef Daléba Séry.

Six des 19 prévenus ont été condamnés à dix ans d'emprisonnement, et les autres ont été relaxés dans le premier procès en Côte d'Ivoire de l'assassinat d'un ancien chef d'État.

Le général Guéï, 61 ans, a été tué par balles le 19 septembre 2002, jour d'un coup d'Etat manqué à Abidjan contre Laurent Gbagbo, qui avait entraîné la prise de contrôle du nord et de l'ouest du pays par une rébellion. Des membres de sa famille et de sa garde rapprochée ont été tués le même jour.

Surnommé "le père Noël en treillis", Guéï avait dirigé une junte après le coup d'État du 24 décembre 1999. Il avait été vaincu par Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2000 et chassé du pouvoir par la rue alors qu'il tentait de s'y maintenir.

Mardi, le procureur militaire, le colonel Ange Kessi avait qualifié le commandant Séka de "menteur" et de prédateur", l'accusant d'avoir tiré le coup de feu fatal. Quant au général Dogbo Blé, il l'avait qualifié de "multirécidiviste".

Les avocats de la défense, qui avaient plaidé la relaxe mercredi, invoquant l'absence de preuves, ont annoncé leur intention de faire appel.

"Je suis déçu mais pas découragé. Nous allons former un pourvoi contre cette décision parce que nous estimons que nos clients ne méritent pas d'être condamnés à vie", a réagi Me Modeste Abié, un des avocats de la défense, estimant que "l'accusation n'a pas été en mesure de produire des preuves accablantes contre nos clients".

"On ne détruit pas un général qui est courageux, on ne détruit pas un commandant qui est courageux, mais il faut les avoir avec soi pour travailler", a déploré de son côté Françoise Séka, soeur aînée d'Anselme Séka Yapo.

- 'justice rendue' -

Le verdict a en revanche été salué par les parents des victimes.

"Nous sommes soulagés. La justice a été rendue, on pourra maintenant faire notre deuil", s'est réjouie Madeleine Coulibaly, soeur d'une victime.

L'Etat et les mis en cause ont également été condamnés à payer la somme de 850 millions de francs CFA (environ 1,3 million d'euros) au titre des dommages et intérêts aux ayants-droits des victimes.

Ce verdict risque de relancer l'accusation de "justice des vainqueurs" régulièrement formulée contre le régime du président Alassane Ouattara par les pro-Gbagbo et des défenseurs des droits de l'Homme, depuis la fin de la crise post électorale qui a fait plus de 3.000 morts en 2011 dans les deux camps.

Pour l'heure, seuls les pro-Gbagbo ont été inquiétés ou condamnés par la justice.

Anselme Séka Yapo avait déjà été condamné le 4 août 2015 à 20 ans de prison pour "assassinat" durant la crise post-électorale de 2010-2011. Dogbo Blé avait été condamné en octobre 2012 à 15 ans de prison pour complicité dans l'assassinat d'un officier à la retraite, et en mars 2015 à 20 ans de prison pour son rôle durant la crise post-électorale.

Le procès du général Guéï a coïncidé avec les comparutions de M. Gbagbo et Blé Goudé, ancien chef du mouvement des Jeunes patriotes, devant la Cour pénale internationale de La Haye.

La CPI les juge pour leurs rôles présumés dans la crise née du refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, reconnu vainqueur de la présidentielle de fin 2010.

Ils ont plaidé non-coupable à l'ouverture du procès alors que l'accusation assure que l'ancien président, âgé de 70 ans, s'est accroché au pouvoir "par tous les moyens".

Avec AFP

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