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Côte d'Ivoire : la production de bananes reprend après des inondations destructrices


Premier exportateur africain de la banane, la Côte d'Ivoire a repris sa production avec des acteurs déterminés à accroitre le rendement et à conquérir de nouveaux marchés. Le pays avait arrêté son exportation pour deux ans suite à de graves inondations qui avaient sinistré la filière banane.

La Côte d'Ivoire, qui produit de la banane depuis plus de cinquante ans, écoulait chaque année près de 300.000 tonnes vers l'Union européenne (UE), son principal débouché, avant d'être frappé par la pire catastrophe agricole de l'histoire de ce fruit en Côte d'Ivoire.

A Niéki, un village de planteurs proche d'Abidjan, on revient de loin. Les 1.400 travailleurs agricoles faisant vivre 10.000 personnes ont commencé à reprendre goût à la vie deux ans après, en cultivant la banane dessert.

"La situation est sous contrôle, nous avons réussi à retrouver notre niveau de production", se félicite Kossomina Ouattara qui supervise le domaine de Niéky.

Les travailleurs ont encore le souvenir des images d'apocalypse du 28 au 30 juin 2014. En moins de 48 heures, l'Agnéby, le fleuve côtier, était sorti de son lit après des pluies diluviennes et avait inondé 1.300 hectares de plantations de bananes, propriété de la Société d'étude et de développement de culture bananière (SCB) qui représente 70% de la production nationale.

La catastrophe avait "englouti le quart de notre chiffre d'affaires", a expliqué à l'AFP le directeur général de la SCB, Olivier Biberson.

Lors de la reconstruction qui a coûté six millions d'euros dont 80% de financements de l'UE, 850 ha de bananes ont été plantés en quinze mois. Les digues ont été renforcées pour prévenir une nouvelle crue du fleuve.

"Nous réclamons une sécurisation accrue du site", revendique Sylvain Ogou, un syndicaliste de la SCB, dont un collègue, Faustin Kouakou Yao, appelle à "déployer des unités sophistiquées de pompage d'eau".

Bilan carbone

Les travailleurs estiment être victimes du "changement climatique" qui fait alterner inondations et sécheresse, souligne M. Ouattara.

"En 2014 c'étaient des pluies hyper-violentes et en 2016 c'est un phénomène inverse avec un déficit pluviométrique", déplore Albert Coulibaly Minatienni, un agronome ivoirien, spécialiste de la banane.

"S'il pleut trop, nous aurons des bananiers qui seront stressés et cela va jouer sur le volume production, en revanche le déficit de pluie va impacter sur le coût de production, il faudra arroser davantage et cela va nous revenir trop cher", a-t-il expliqué.

La catastrophe du Niéky est intervenue au moment où l'UE a décidé de consacrer 45 millions d'euros à la Côte d'Ivoire, dans le cadre des mesures d'appui à la banane, pour aider le pays face aux importations en provenance des pays d'Amérique latine.

L'appui européen (2013-2019) vise à améliorer la compétitivité, les conditions environnementales des productions, la qualité de vie des travailleurs, mais aussi à développer le marché local et régional de la banane.

Cette aide européenne est rentrée en vigueur après l'accord conclu en 2009 entre les pays producteurs d'Amérique latine et l'Europe mettant fin à la longue "guerre de la banane", née en 1993 quand l'UE avait décidé d'accorder un régime douanier préférentiel aux pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), pour la plupart d'anciennes colonies européennes.

Fort de cet appui et tirant expérience de l'inondation de 2014, la filière ivoirienne a amorcé un plan de relance en vue de doubler la production d'ici 2020 et atteindre 500.000 tonnes.

Jusqu'ici localisé dans le sud maritime du pays, un projet de production de la banane dessert a été entrepris dans le nord, dans une région de savane.

Pour atteindre cet objectif, la Côte d'Ivoire va miser sur deux variétés de bananes: "la grande naine" et la "William", qui résiste bien au climat sec et qui est cultivée en Amérique latine, et conquérir le marché régional, notamment Mali, Burkina et Niger.

Avantage supplémentaire, la Côte d'Ivoire est le pays exportateur le plus proche de l'Europe. Le trajet par bateau est de sept à neuf jours vers l'Europe, contre plusieurs semaines pour les exportations sud-américaines.

"Cette distance présentera un avantage considérable lorsque le bilan carbone interviendra dans la vente des produits", explique M. Biberson.

Avec AFP

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