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Corruption au Brésil : quand les partis deviennent des équipes de foot


Des voitures de la police fédérale stationnées devant le siège d'Odebrecht, une grande entreprise brésilienne de construction brésilienne, à Sao Paulo, Brésil, 19 juin 2015.

Odebrecht, géant du BTP au coeur du scandale qui secoue le Brésil, donnait dans son service créé spécialement pour verser des pots-de-vins des noms d'équipes de football à chaque parti politique répertorié.

Le Parti des Travailleurs (PT), de l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), était par exemple désigné comme Flamengo, le club le plus populaire du pays, d'après des registres remis aux procureurs par Luiz Eduardo Soares, ancien cadre d'Odebrecht ayant noué un accord avec la justice dans l'espoir d'une remise de peine.

Dans ces documents de comptabilité parallèle, largement diffusés dans la presse brésilienne, on apprend aussi que les membres de ces partis qui touchaient des dessous de table étaient crédités de positions sur le terrain selon leur fonction, comme dans une vraie équipe de football.

Une équipe résolument tournée vers l'offensive: plus le "joueur" est important, plus il évolue haut sur le terrain.

Ainsi, le président est l'avant-centre, le gouverneur le milieu offensif, le sénateur l'ailier et le député le milieu défensif. Les militants de base sont cantonnés à la position de gardien de but.

Curieusement, le PSDB (centre), défait par le PT au second tour des quatre dernières élections présidentielles, a été désigné comme Corinthians, pourtant équipe de coeur de Lula, icône de la gauche brésilienne, lui-même inculpé dans plusieurs volets de l'enquête.

Le PMDB (centre-droit), du président actuel Michel Temer, figure dans les tableaux d'Odebrecht comme l'Internacional, grande équipe du sud du Brésil.

Dans d'autres documents, les hommes politiques portent des surnoms, certains d'entre eux peu flatteurs, comme "le nain" ou "Viagra".

Ces détails pour le moins pittoresques sont révélés au grand jour dans le cadre des révélations de 77 cadres d'Odebrecht ayant accepté de rendre compte des arcanes du plus grand scandale de corruption de l'histoire du Brésil.

Les grands groupes de construction du pays s'étaient constitués en cartel illégal et distribuaient des pots-de-vins pour truquer systématiquement les marchés publics, notamment ceux de la compagnie pétrolière d'État Petrobras, à qui ces malversations ont coûté plus de deux milliards de dollars.

Mardi dernier, la cour suprême a autorisé l'ouverture d'enquêtes contre une centaine d'hommes politiques de premier plan, notamment huit ministres du gouvernement Temer.

Une décision motivée par le contenu des confessions d'Odebrecht, qui ont été rendues publiques dans la foulée, donnant aux Brésiliens une vision plus détaillée que jamais de l'ampleur du scandale.

Avec AFP

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