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Climat: une COP22 à Marrakech pour réussir à appliquer l'accord de Paris


Crues au sud de Marrakech, le 31 octobre 2012, après des pluies torrentielles ayant provoqué de nombreux dégats au Maroc.

Crues au sud de Marrakech, le 31 octobre 2012, après des pluies torrentielles ayant provoqué de nombreux dégats au Maroc.

Le tout premier accord engageant le monde entier contre le réchauffement doit entrer symboliquement en vigueur vendredi, moins d'un an après son adoption, mais il restera du chemin pour le faire appliquer, à commencer par la COP22 qui débute à Marrakech.

Jeudi, un rapport de l'ONU est venu rappeler le retard pris et l'urgence à agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, si l'on veut éviter "une tragédie".

A la veille du coup d'envoi de la 22e conférence climat de l'ONU, 94 pays, sur 192 signataires, avaient ratifié le pacte de Paris. Un rythme inespéré dépassant tous les pronostics d'experts.

"Nous avons fait en neuf mois, ce qui avait pris huit ans pour le protocole de Kyoto", s'est réjouie la présidente de la Cop21 et ministre française Ségolène Royal, signe d'une prise de conscience au plus haut niveau de la nécessité de limiter le réchauffement à +2°C au-dessus du niveau pré-industriel.

Seuls quelques grands émetteurs manquent à l’appel : la Russie n'a pas donné d'indication sur une date de ratification ; en Australie et au Japon, les processus sont engagés.

Toutefois, "il est important de garder la dynamique de Paris et de ne pas seulement se réjouir de l'entrée en vigueur", prévient Alden Meyer, expert auprès de l'organisation américaine Union of concerned scientists.

Les négociateurs ont encore du pain sur la planche et doivent parvenir à s'accorder sur de nombreuses dispositions pour rendre opérationnel un accord adopté par consensus.

Parmi les sujets qui doivent progresser : la définition des règles de transparence (vérification des engagements nationaux), la présentation des stratégies nationales à 2050, la montée en puissance de l'aide financière aux pays en développement, l'aide technique pour mettre en place des politiques de développement "propre" (énergies renouvelables, transports et habitats moins énergivores, nouvelles pratiques agricoles, etc).

"La COP22 doit être une COP de l'action et de la mise en oeuvre", plaide Tosi Mpanu-Mpanu, porte-parole du groupe des Pays les moins avancés.

- L'urgence de faire plus -

"L'enjeu le plus important à Marrakech, c'est de se mettre d'accord sur une date-butoir pour décider des règles d'application de l'accord, notamment les règles de transparence", estime la négociatrice française Laurence Tubiana. "2017 ce n'est pas réaliste, mais 2018 c'est envisageable", selon elle.

Les règles de transparence concernent les informations que les pays devront fournir sur leurs efforts pour limiter leurs émissions, ainsi que la progression des aides financières publiques.

Parallèlement à une transparence accrue, l'accord repose sur un renforcement des plans d'action de chaque pays.

De fait, la somme des engagements actuels met la planète sur une trajectoire de +3°C, voire 3,4° selon un rapport de l'ONU paru jeudi, qui s'alarme de la hausse ininterrompue des émissions mondiales.

"Si nous ne commençons pas à prendre des mesures supplémentaires dès maintenant, nous finirons par pleurer devant une tragédie humaine évitable", a prévenu Erik Solheim, directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

"Le nombre croissant de réfugiés climatiques frappés par la faim, la pauvreté, la maladie et les conflits nous rappellera de façon incessante notre échec. La science a montré que nous devons agir beaucoup plus vite", ajoute-t-il.

"Chaque pays doit faire plus, mais on ne peut pas attendre 2025 ou 2030 pour le faire", avertit Laurence Tubiana qui, avec de nombreux experts, pousse pour des objectifs nationaux plus ambitieux d'ici 2020.

La question de l'aide aux pays en voie de développement sera encore un sujet sensible. Sur les 100 milliards de dollars promis chaque année d'ici 2020, 67 milliards de fonds publics ont déjà été annoncés, selon l'OCDE.

De nouvelles annonces sont espérées par les pays les plus pauvres qui "manquent de ressources et d'expertise pour se protéger de manière adéquate", souligne Tosi Mpanu-Mpanu.

Enfin, Marrakech sera l'occasion de mesurer les progrès faits par certaines des quelque 70 coalitions lancées à l'occasion de la COP21 (alliance solaire, innovation, pratiques agricoles, systèmes d'alerte, etc.).

Les pays africains attendent beaucoup de l'Initiative pour les énergies renouvelables et des 10 milliards de dollars promis pour promouvoir les énergies vertes sur le continent.

Avec AFP

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