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Cinq ans après Breivik, la Norvège s'accroche à ses idéaux


Anders Behring Breivik

Anders Behring Breivik

"Plus de démocratie, plus d'humanité” : la formule avait fait mouche après les crimes de Breivik. Cinq ans après la pire tragédie de son histoire d'après-guerre, la Norvège offre une voie exemplaire aux États frappés par de sanglants attentats.

Alors qu'ailleurs la tentation du tout-sécuritaire s'installe à chaque nouveau bain de sang d'inspiration jihadiste ou autre, le royaume scandinave a mis un point d'honneur à rester fidèle à ses idéaux après le drame dont on commémore le cinquième anniversaire vendredi.

Le 22 juillet 2011, déguisé en policier, l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik avait massacré 77 personnes en faisant d'abord exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo puis en ouvrant le feu pendant plus d'une heure sur un rassemblement de jeunes travaillistes piégés sur l'île d'Utøya.

"Le pays est identique à bien des égards aujourd'hui. Et c'est bien comme ça", confie l'ex-chef de la Jeunesse travailliste, Eskil Pedersen, qui était parvenu à fuir Utøya ce jour-là.

"L'objectif du terrorisme, c'est mettre la société sens dessus dessous. C'est donc une victoire qu'on n'ait pas tout chamboulé et que l'on présente aujourd'hui un visage reconnaissable", explique-t-il à l'AFP.

Pas de Patriot Act à l'américaine, pas de législation précipitée, pas de troupes dans les rues... Aux atrocités de Breivik, la Norvège a répondu de manière apaisée et raisonnée.

En août 2012, une commission indépendante a mis en lumière les cruels dysfonctionnements des autorités, entraînant une modernisation graduelle et largement consensuelle des dispositifs de sécurité et de l'arsenal législatif.

La justice, elle, a été rapide mais pas expéditive : en août 2012 toujours, Breivik a été condamné à 21 ans de prison --peine susceptible d'être prolongée indéfiniment-- au terme de dix semaines d'un procès considéré comme un modèle du genre. Le nom de l'assassin est largement passé sous silence depuis.

L'attachement à l'État de droit a même vu la Norvège se faire condamner cette année par un de ses tribunaux pour traitement "inhumain” : l'isolement prolongé de Breivik en prison est une violation des droits de l'Homme, a estimé la juge.

- 'Un des nôtres' -

Les mots de Jens Stoltenberg, Premier ministre au moment des attaques et actuel chef de l'Otan, semblent avoir été entendus. "La réponse à la violence est encore plus de démocratie, encore plus d'humanité mais sans jamais de naïveté", avait-il fameusement professé quelques heures seulement après le carnage.

Un message sans doute plus facile à faire passer vu l'identité du tueur.

"Le choix des mots s'explique par le fait qu'il était un des nôtres", estime la journaliste Åsne Seierstad, auteure d'un ouvrage sur les attaques. "La Norvège n'a jamais été mise à l'épreuve du radicalisme islamiste. Et on ne sait pas ce qui aurait été dit dans ce cas."

Ce surcroît de démocratie s'est manifesté par un engagement accru des jeunes Norvégiens en politique et par la transposition délibérée en vue de le combattre dans le débat public d'un discours xénophobe jusqu'alors souvent confiné aux recoins obscurs d'internet.

Le blogueur d'extrême droite "Fjordman", source d'inspiration idéologique de Breivik, a reçu une bourse de Fritt Ord, fondation pour la liberté d'expression, pour écrire un livre.

La médaille a son revers. Pour l'anthropologue Thomas Hylland Eriksen, Breivik a ainsi accéléré la polarisation de la société norvégienne, encore accentuée par la crise migratoire.

"Ceux qui, sans être nécessairement partisans du terrorisme, partagent ses opinions, en étant hostiles au multiculturalisme et sceptiques à l'égard de l'islam et des musulmans jugés inaptes à faire de bons Norvégiens, sont de plus en plus nombreux, plus visibles, plus mainstream", constate-t-il.

Après un carnage perpétré au nom de la lutte contre le multiculturalisme, "on n'aurait pas cru que l'islamophobie devienne plus légitime, mais c'est ce qui s'est produit", regrette-t-il.

A l'heure du bilan d'étape, les avis demeurent néanmoins positifs.

"Si le 22 juillet 2011 était un test de la démocratie, je crois qu'on peut dire qu'on l'a franchi avec succès", souligne M. Pedersen, l'ex-chef de la Jeunesse travailliste rescapé d'Utøya. "Mais ce n'est pas une victoire définitive. Il faut continuer de rassembler autour de la démocratie".

Avec AFP

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