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La Chine enclenche les grandes réformes


Un soldat monte la garde sur la place Tiananmen, avec dans le fond le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong, 12 novembre 2013.

Un soldat monte la garde sur la place Tiananmen, avec dans le fond le portrait géant du défunt président chinois Mao Zedong, 12 novembre 2013.

La Chine veut assouplir sa politique de l'enfant unique.

La Chine affirme qu'elle prévoit d’assouplir sa politique de l'enfant unique et d’abolir le système controversé de rééducation par le travail qui souvent met arbitrairement derrière les barreaux des militants et ceux qui tenteraient de défier le Parti communiste chinois. Ces réformes importantes ont été annoncées quelques jours après la fin d’une réunion politique à huis clos à Beijing.

Pour une analyse, Jacques Aristide s’est entretenu avec Alice Ekman, spécialiste de la Chine à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et professeure à Sciences Po:

Dans un premier temps, peu d’informations transpiraient du troisième plénum du 18e comité central du parti au pouvoir en Chine. Et d’aucuns se demandaient si le pays allait s’engager sur le chemin de la réforme. A la surprise générale, le Parti communiste a fini par révéler, vendredi 15 novembre 2013, un plan complet des réformes à être enclenchées d’ici 2020.

Le document très détaillé égrène les soixante priorités que le parti s’est fixées. Les vastes réformes incluent des changements économiques longtemps attendus ainsi que des réformes culturelles, politiques, sociales et environnementales.

Selon le plan, les entreprises d'Etat feront face à une concurrence plus accrue des firmes privées dans le futur, alors que les limites imposées aux investissements étrangers dans des domaines tels que le commerce électronique, seront assouplies.

L'économie chinoise reste en plein essor depuis ces trois dernières décennies. Mais en 23 ans, elle devrait croître à son rythme le plus faible cette année. L’annonce de vendredi marque l'une des plus grandes révisions économiques de la Chine depuis le début des années 1990.

Outre les réformes économiques, le Plan 2020 comprend des changements en profondeur aux politiques sociales pour lesquelles la Chine a longtemps été critiquée tant sur le plan national qu’international.

L'agence de presse officielle Xinhua rapporte que la Chine va assouplir sa politique de contrôle des naissances, dite de l'enfant unique, en vigueur depuis 1979. Et de préciser que les couples dont un membre est enfant unique seront désormais autorisés à avoir deux enfants.

Certains militants ont salué les changements annoncés, mais ont fait remarquer que ces réformes ne résoudraient pas les problèmes basiques auxquels est confrontée la société chinoise aujourd'hui. Le Parti communiste chinois indique qu’il faut ralentir la croissance démographique afin de préserver les ressources. Mais le pays fait face à un dilemme parce que plus de Chinois vont à la retraite mais moins entrent sur le marché du travail.

Le militant chinois Yang Zhizhu affirme que les modifications proposées ne changent rien en ce qui concerne l’un des droits humains fondamentaux et ne parviendront pas à résoudre le vieillissement de la population.

«D'une part, le gouvernement admet que la population vieillit, mais, d’autre part, son contrôle des naissances ne parvient pas à régler ce problème», a-t-il dit. «Le droit d'avoir des enfants est quelque chose qui existe depuis des milliers d'années dans l'histoire de l'humanité».

«Proposer que les couples, dont un membre est enfant unique, aient désormais le droit d’avoir deux enfants, n'enlève pas le fait que l'ensemble du système continue de violer les droits des femmes, en particulier les droits de reproduction. Donc, il faut être prudent quand on parle d’assouplissement», a indiqué, de son côté, Maya Wang, spécialiste de la Chine à Human Rights Watch à Hong Kong.

Il y a peu d’informations, cependant, au sujet de ces familles qui ont plus d'un enfant et qui ne sont pas officiellement répertoriées par le gouvernement. Les citoyens chinois ont tous une carte d’identité nationale, appelée «hukou», laquelle est nécessaire pour l'accès à l'éducation, à la santé et à l'emploi.

Les autorités estiment qu'il y a actuellement environ 13 millions de Chinois qui ne possèdent pas ce document.

Hormis l’assouplissement de sa politique de l'enfant unique, le Parti communiste compte également réduire graduellement l'usage de la peine de mort. Le parti va aussi abolir son système de rééducation par le travail, dans lequel des individus peuvent être envoyés dans des camps sur simple décision de police, sans procès. Cela, précise le parti, pour «protéger les droits de l'homme».

Pour l’heure, on ne sait pas ce qu’adviendront ces camps, qui peuvent accueillir jusqu'à 190.000 personnes. Pour les défenseurs des droits de l'homme, ce système de rééducation par le travail est un moyen pour les autorités de réprimer les militants et ceux qui voudraient prendre la parole.
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