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Chassés par les feux, les travailleurs immigrés menacés d'expulsion du Canada


Les feux gigantesques, hors de tout contrôle, poursuivaient leur infernale avancée à l'est de Fort McMurray au Canada où, avec la fin des opérations d'évacuation, l'inquiétude se portait désormais sur l'activité pétrolière et ses conséquences économiques.

Les feux gigantesques, hors de tout contrôle, poursuivaient leur infernale avancée à l'est de Fort McMurray au Canada où, avec la fin des opérations d'évacuation, l'inquiétude se portait désormais sur l'activité pétrolière et ses conséquences économiques.

Le permis de travail des immigrés est attaché à la société ou à l'entreprise qui les embauchent et, licenciés ou arrivés en fin de contrat, ils deviennent automatiquement des clandestins.

Comme des milliers de travailleurs immigrés, Jonathan Infante se retrouve sous le coup d'une expulsion du Canada, victime des feux de forêt en Alberta qui le privent de son emploi.

Les énormes feux depuis une semaine en Alberta, dont les plus violents à Fort McMurray près des bassins d'emplois des compagnies pétrolières, ont provoqué l'évacuation de près de 100.000 personnes et la fermeture de tous les commerces, les sociétés de service ou les écoles.

Parmi ces évacués, des dizaines sont arrivés dans un centre d'hébergement à Edmonton, la capitale de l'Alberta, à 400 km au sud de Fort McMurray, parfois encore en tenue de travail, explique celui qui les a accueillis, Marco Luciano.

Ce membre du Comité de défense des droits des travailleurs migrants au Canada raconte à l'AFP qu'"ils ont été évacués depuis leur lieu de travail sans avoir le temps ou la possibilité de repasser à leur domicile" pour prendre quelques vêtements ou des effets personnels.

"Ils ne sont pas sûrs de ce qui va leur arriver car il ont perdu leur travail et leur statut de résident est devenu précaire. Beaucoup s'attendent au pire", ajoute Marco Luciano.

Sans savoir ce qu'il est advenu au Wendy's de Fort McMurray où il travaillait, Jonathan Infante est inquiet car le salaire de la chaîne de restauration rapide fait vivre sa femme et ses deux enfants restés aux Philippines.

"Attendre de voir"

"Notre employeur nous a dit d'attendre de voir" l'évolution de la situation, dit-il à la sortie d'un centre d'évacuation de Lac La Biche, au nord d'Edmonton.

Pour le Comité de défense des migrants, environ 70.000 étrangers sont détenteurs d'un permis de travail en Alberta, mais il est trop tôt pour savoir combien d'entre eux pourraient perdre ce précieux sésame.

Fort McMurray est une destination de choix pour ces immigrés depuis plus d'une décennie où ils travaillent dans les restaurants, les magasins, les garderies d'enfants ou sur les immenses bases de vie des compagnies pétrolières, des emplois moins bien payés que ceux offerts et réservés par les compagnies pétrolières aux Canadiens.

Le secteur des services a poussé pour assouplir les règles d'emploi des travailleurs étrangers pour leur permettre de se développer pendant la période dorée de l'exploitation avant la dégringolade, il y a deux ans, des cours du brut et les dizaines de milliers de licenciements.

Les services de l'immigration canadienne ont fait savoir qu'ils allaient examiner la situation afin éventuellement de faire exception au principe du renvoi automatique.

Une situation compliquée pour ces étrangers qui ont, pour certains, perdu leurs papiers officiels et passeport dans les incendies sans avoir d'économies pour assurer le quotidien immédiat.

Des ambassades ont cependant offert l'assistance avec par exemple le remplacement des passeports.

Egdon Parra, proche de plusieurs travailleurs étrangers à Fort McMurray, espère que le gouvernement canadien fera preuve de compassion car ce "serait une catastrophe si on leur demandait de quitter le Canada".

Les dernières heures ont été éprouvantes et plutôt angoissantes, et "le gouvernement doit se souvenir que ce sont des membres importants de la communauté en contribuant à la croissance de l'économie tout en payant des impôts", ajoute Egdon Parra.

"Ils ne travaillent pas simplement ici, ils y vivent même si c'est de façon temporaire."

Avec AFP

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