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Charlie Hebdo: les caricaturistes craignent la censure


(Reuters)

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"Après une telle attaque contre un des derniers bastions de la liberté d'expression, qui osera encore publier quoi que ce soit?", s'interroge le dessinateur suédois Lars Vilks.

REUTERS - Caricaturistes et écrivains ont lancé un vibrant plaidoyer pour la liberté d'expression après l'attaque contre Charlie Hebdo mercredi à Paris mais dans les faits plusieurs d'entre eux, accusés d'avoir insulté l'islam, vivent depuis des années sous protection policière et subissent, pour certains, la censure.

Après la mort de 12 personnes, dont cinq caricaturistes de l'hebdomadaire satirique français, des dessinateurs comme le Suédois Lars Vilks, dont la tête a été mise à prix par un groupe lié à Al Qaïda après une caricature du prophète Mahomet en 2007, ont vu leur protection renforcée.

"Après une telle attaque contre un des derniers bastions de la liberté d'expression, qui osera encore publier quoi que ce soit?", a demandé Lars Vilks à Reuters.

"Quand vous faites une caricature de Jésus ou du pape, elle peut être publiée, mais celles du prophète Mahomet sont bannies de tous les grands médias. Tout cela est régi par la peur et le politiquement correct", a-t-il estimé.

L'an dernier, une Américaine convertie à l'islam qui avait adopté le surnom de "Djihad Jane" a été condamnée à dix ans de prison pour avoir fomenté une tentative d'assassinat contre le caricaturiste suédois.

Comme lui, d'autres artistes ont subi les conséquences de leurs "insultes" contre l'islam et le prophète, le plus célèbre d'entre eux demeurant Salman Rushdie qui avait été la cible d'une fatwa de l'ayatollah Khomeini après la publication de ses "Versets sataniques" en 1988.

"Le 'respect des religions' est devenu une périphrase qui signifie 'peur des religions'", a dénoncé l'écrivain britannique d'origine indienne dans un communiqué.

"Les religions, comme toutes les idées, doivent pouvoir faire l'objet de critique, de satire et, oui, d'irrespect sans crainte", a-t-il ajouté.

"NE PAS CÉDER À LA PEUR"

L'éditeur norvégien des "Versets sataniques", William Nygaard, qui a réchappé à une tentative d'assassinat en 1993, a appelé mercredi les médias à défendre la liberté d'expression en ne cédant pas aux intimidations.

"L'autocensure est une plaie", a-t-il dénoncé.

Au Danemark, le journal Jyllands-Posten avait créé la polémique en 2005 avec la publication de douze caricatures du prophète, à l'origine de manifestations qui avaient fait une cinquantaine de morts dans le monde musulman.

Un débat s'en était suivi pour savoir si le journal avait incité à la haine religieuse et aucun autre média danois ne s'est depuis risqué à publier de telles caricatures.

Mercredi soir, après la fusillade au siège de Charlie Hebdo, un autre journal danois, Berlingske, a cependant mis en ligne plusieurs couvertures de Charlie Hebdo, dont une concernant le prophète Mahomet et une autre la charia (loi islamique) qui figurent dans son édition datée de jeudi.

"J'espère que cet événement ne va pas avoir un effet négatif sur les médias, qu'ils ne vont pas céder à la peur", a déclaré à la chaîne danoise TV2 le caricaturiste danois Kurt Westergaard, l'auteur d'une des 12 caricatures de 2005.

En 2010, un homme armé d'une hache avait tenté d'assassiner Kurt Westergaard. Deux ans plus tard, le caricaturiste à la retraite avait raconté comment il vivait en permanence dans la peur de mourir, entouré de gardes du corps, ne se déplaçant qu'à bord d'une voiture blindée et n'osant même plus aller prendre un café.

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