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Centrafrique: Sangaris partie, l'ONU face au défi sécuritaire


François Hollande à Bangui avec un militaire de la mission Sangaris, le 28 février 2014. (AP Photo/Frederic Lafargue)

François Hollande à Bangui avec un militaire de la mission Sangaris, le 28 février 2014. (AP Photo/Frederic Lafargue)

La France va mettre fin en 2016 à son opération militaire en Centrafrique Sangaris, passant le relais à l'ONU, appuyée par l'UE, pour le désarmement des milices et la formation des forces armées, deux conditions clé au retour à la stabilité d'un pays meurtri par trois ans de conflit

"Il faut savoir avoir la réactivité d'ouvrir une opération extérieure, il faut aussi savoir la fermer", a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, venu assister à l'investiture à Bangui du nouveau président centrafricain Faustin-Archange Touadéra.

Ce départ répond aussi à un besoin croissant d'effectifs, alors que les troupes françaises sont partagées entre la défense du territoire français (opération "Sentinelle", 7.000 à 10.000 hommes) et différentes opérations extérieures, notamment au Sahel (opération "Barkhane", 3.500 soldats).

Sangaris, déployée en décembre 2013 pour stopper les massacres intercommunautaires après le renversement du président François Bozizé par la rébellion majoritairement musulmane Séléka, "a réussi à ramener le calme, à sécuriser les zones vitales du pays et à empêcher l'inacceptable de se produire", a estimé M. Le Drian.

L'opération va donc prendre fin "dans le courant de l'année 2016", a annoncé le ministre devant les forces françaises, sans donner de calendrier précis.

La France, qui a mobilisé jusqu'à 2.500 soldats au plus fort des violences, compte encore 900 hommes en Centrafrique. La mission onusienne (Minusca) s'est dans l'intervalle déployée, avec 10.000 soldats et 2.000 policiers.

Cette force, longtemps épaulée par l'armée française, est progressivement devenue le pilier sécuritaire du pays.

Composée de contingents africains, pakistanais, bangladais, elle a toutefois vu sa réputation entachée par une série d'accusations d'abus sexuels, qui n'ont pas épargné non plus l'armée française.

Sangaris s'éteindra parallèlement au renforcement de la "capacité réactive" de la Minusca qui a encore besoin d'être "musclée", et à la "montée en puissance" de la mission de l'UE pour la formation de l'armée centrafricaine (EUTM RCA), a expliqué M. Le Drian.

Quelques 300 soldats français demeureront dans le pays. Ils rejoindront la Minusca et participeront à la mission européenne. Quelques éléments français continueront aussi à assurer la sécurité de l'aéroport de Bangui. Les soldats français stationnés à Abidjan et au Sahel pourront par ailleurs être envoyés en renfort si besoin.

La Minusca, elle, va être consolidée avec l'arrivée notamment de 150 soldats portugais et de "quelques unités de forces spéciales", a précisé le ministre de la Défense.

Les défis sécuritaires restent nombreux dans ce pays où tout est à reconstruire- administration, écoles, système de santé, armée - après trois ans de chaos, et où les groupes armés conservent leur pouvoir de nuisance.

Refondre les forces armées

Le nouveau président centrafricain, soutenu par la population qui aspire à la paix, bénéficie certes d'une "trêve" mais il va devoir agir vite, selon une source diplomatique française.

Le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) des milices s'annoncent particulièrement complexes. Ces combattants doivent-ils être intégrés dans les forces centrafricaines, elles-mêmes déliquescentes ?

"Il faut une armée légitime, et non qui reproduise les clans, les réseaux" de la guerre civile, estime Jean-Yves Le Drian.

L'alternative est d'offrir aux ex-combattants un travail via des "travaux d'intérêt général" (réhabilitation des routes, des bâtiments publics), des emplois dans les "corps habillés" (garde-frontière, police, douane...) ou l'agriculture.

La Minusca va, avec les nouvelles autorités, mettre en oeuvre ce processus de désarmement qui sera financé à hauteur de 25 millions de dollars par la communauté internationale.

Les "Faca", forces armées centrafricaines - 7.000 à 8.000 hommes souvent dépenaillés, mal formés et très peu équipés - doivent aussi être complètement réorganisées et structurées.

Durant la guerre civile, elles ont été accusées de graves exactions, beaucoup ayant rallié la cause d'un camp ou l'autre, et mises sur la touche. Depuis lors, elles sont censées rester cantonnées mais ont recommencé à réapparaître dans les rues, suscitant inquiétudes et interrogations.

Sans encadrement, elles risquent de redevenir de facto des milices de quartiers. Un millier de soldats continuent en outre à recevoir leur solde sans servir.

Les Faca devraient donc être ramenées à 4.500 soldats, avance M. Le Drian. Mais "il sera difficile" d'en faire sortir les récalcitrants, ajoute-t-on de source européenne.

Pour les former, l'UE doit mettre en place d'ici l'été une mission d'environ 180 militaires. La France plaide aussi activement pour qu'elle prenne en charge leur équipement de base (uniforme, gilets pare-balles, véhicules, jumelles).

Avec AFP

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