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Cameroun : les personnes âgées de plus en plus délaissées


Réfugiée dans le camp de Minawao, au Cameroun, le 25 février 2015. (AP Photo/Edwin Kindzeka Moki)

Réfugiée dans le camp de Minawao, au Cameroun, le 25 février 2015. (AP Photo/Edwin Kindzeka Moki)

Au Cameroun, les personnes âgées se sentent de plus en plus délaissées par leurs enfants. Les familles les envoient dans des maisons de retraites au lieu de s’en occuper à la maison, comme le veut la tradition du pays. Reportage de Moki Edwin Kindzeka dans le centre Bethanie Viacam de Yaoundé pour personnes âgées et malades.

Ngah Gisselle a 72 ans, elle y est pensionnaire depuis 4 ans. Abandonnée par sa famille et ses deux enfants, c’est un étranger qui la conduit dans ce centre lorsqu’elle a commencé à souffrir d’infections chroniques du cœur. «La famille, c’est là où Dieu t’amène. C’est le père Jésus Roger qui a eu pitié de moi. Je ne sais pas comment je me suis retrouvée ici, comme par miracle de Dieu

Ce centre est la nouvelle lieu de vie de quarante-cinq personnes âgées. Jean Etoundi, 84 ans, est un professeur retraité. « C’est ma fille qui m’a amené ici. Elle travaille à Douala [la capitale économique du Cameroun] et personne ne pouvait s’occuper de moi. Quand votre papa est malade, vous ne pouvez pas le laisser comme ça.»

Une responsable du centre, Ndula Pascaline, explique qu’autrefois au Cameroun, c’était un tabou d’envoyer ses parents en maison de retraite. Mais aujourd’hui, et de plus en plus, cette vieille tradition se perd car les enfants n’ont plus le temps ni l’argent de les garder chez eux. « Lorsque vous avez une personne âgée dans votre famille, elle devient une charge pour vous. Il faut la nourrir, l’habiller, bref elle devient un bébé. Et comme les moyens ne suivent pas toujours, la personne est abandonnée, pas par notre volonté, mais par manque de moyens.»

Selon une étude publiée en 2013 par la CEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) et le Haut-commissaire de l'ONU pour les Droits de l'Homme, seulement 10% des Camerounais cotisent pour leur retraite via la sécurité sociale.

Richard Ndi Tantoh, directeur du Service Œcuménique pour la paix, l’ONG qui a dirigé cette étude, explique qu’il est impératif pour le gouvernement de prendre soin de ses personnes âgées. «Il faut que tous les acteurs se mobilisent et qu’ils comprennent les enjeux de la vieillesse en Afrique. Pour au moins commencer à réfléchir à la mise en place d’un système de réhabilitation des personnes âgées. Les ainés ont passé leur vie à travailler pour construire le pays et je pense que le pays ne devrait pas les abandonner lorsqu’ils atteignent le troisième âge. »

Les Nations Unies estiment qu’en 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans aura augmenté de 2 milliards dans le monde, grâce à l’amélioration des soins médicaux.

Moki Edwin Kindzeka (Yaoundé)

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