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Calme précaire dans l'attente d'un recours ou non de Ping contre Bongo au Gabon


Des voitures brûlées ont été brulées à l’extérieur d'un bâtiment du gouvernement à la suite des manifestations post-électorales à Libreville, au Gabon, 1 septembre 2016.

Des voitures brûlées ont été brulées à l’extérieur d'un bâtiment du gouvernement à la suite des manifestations post-électorales à Libreville, au Gabon, 1 septembre 2016.

La vie a repris lundi au Gabon dans un calme précaire après une paralysie totale de l'économie due à l'élection présidentielle du 27 août et aux violences meurtrières accompagnées de pillages massifs qui ont suivi l'annonce contestée de la réélection du président Ali Bongo Ondimba.

A Libreville, le centre de la capitale a retrouvé son animation habituelle, mais les habitants doutent que la crise post-électorale soit achevée.

Une question commence à se poser: l'opposant Jean Ping, qui se déclare le "président élu", va-t-il déposer un recours devant la Cour constitutionnelle d'ici jeudi, la date limite ?

Signe de détente, Internet a été partiellement rétabli lundi matin après une coupure totale de cinq jours, mais les réseaux sociaux restaient inaccessibles, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Aucune explication officielle n'a été fournie sur les raisons de cette coupure, ni par les opérateurs téléphoniques, ni par les autorités.

Les banques, fermées depuis bientôt une semaine, ont rouvert, alors qu'une pénurie de liquidités commençait à se faire sentir dans la capitale. Les taxis collectifs circulaient de nouveau.

Rayons dégarnis

Les gros 4x4 rutilants ont également fait leur réapparition. Leurs propriétaires les avaient prudemment garés de crainte des pillards ou des manifestants dans un pays où les inégalités sociales sont criantes.

Les commerces ont également rouvert, souvent avec des rayons dégarnis. Le secteur de la distribution a été frappé de plein fouet par la paralysie des transports provoquée par les troubles.

Dans la capitale économique et pétrolière Port-Gentil, seule la moitié des salariés au siège de Total ont repris le travail pour la première fois depuis mardi, selon une source au sein de la direction.

Une salariée raconte avoir "perdu le sommeil avec des bruits de guerre, des coups de feu...Il y en a encore eu quelques-uns cette nuit".

"Les activités de raffinage sont à l'arrêt. Les équipes qui font les 24 heures assurent juste la sécurité des installations", a déclaré à l'AFP un agent de la Société gabonaise de raffinage (Sogara).

"On a l'impression d'un faux calme", témoigne à Lambaréné (centre) un cadre d'une société de distribution de produits frais (tomates, ananas...), qui déplore deux à trois millions de FCFA (3 à 4.500 euros) de pertes.

Son activité n'a cependant pas repris et il déconseillé à son collègue français de revenir par la route depuis Libreville pour des raisons de sécurité.

Petit pétrolier d'Afrique centrale d'environ 1,8 million d'habitants, le Gabon importe 80% de sa nourriture, notamment du Cameroun voisin. Or, le trafic en provenance du Cameroun reste interrompu, les transporteurs redoutant les pilleurs.

Les troubles ont provoqué des pénuries et une flambée des prix. "Quatre piments, maintenant ça fait 1.000 francs" CFA (1,5 euro), contre 200 à 300 CFA en temps ordinaire, déplore André, habitant du quartier populaire de Lalala-à-gauche.

Après l'explosion de violence mercredi dernier à la proclamation des résultats officiels provisoires, les Gabonais qui le peuvent veulent reconstituer un stock de nourriture avant la prochaine étape du processus électoral: la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats définitifs du scrutin à un tour du 27 août.

"Ca va chauffer grave", pronostique André, exprimant une opinion largement répandue.

Tractations souterraines

Dénonçant des fraudes massives, le camp de M. Ping réclame un recomptage des voix bureau de vote par bureau, particulièrement dans la province du Haut-Ogooué - fief de la famille Bongo - où la participation officielle a dépassé 99% avec plus de 95% des suffrages pour le président sortant.

Selon les résultats officiels provisoires, M. Bongo a recueilli 5.594 voix de plus que M. Ping, un ancien cacique du régime d'Omar Bongo, qui a dirigé le Gabon pendant 41 ans, jusque sa mort en 2009. L'élection de son fils Ali avait alors déjà été violemment contestée.

Le pouvoir refuse tout recomptage général des voix arguant que la loi électorale ne le prévoit pas et invite l'opposition à se tourner vers la Cour constitutionnelle. De source diplomatique, le délais court jusqu'à jeudi 16h00.

L'annonce officielle de M. Ping sur ce point est toujours attendue. Mais une partie de se partisans rejette cette option, jugeant la Cour totalement inféodée à la présidence.

Les diplomates à Libreville encouragent M. Ping à déposer son recours, au moins pour laisser quelques jours de plus aux tractations souterraines en cours entre les protagonistes dont l'objectif est d'éviter que le Gabon ne sombre dans le chaos.

Avec AFP

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