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Cacophonie en France à huit mois de la présidentielle


Le ministre sortant Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Bercy, Paris, France, le 30 août 2016.

Le ministre sortant Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Bercy, Paris, France, le 30 août 2016.

En se préparant à entrer dans la course présidentielle, l'iconoclaste Emmanuel Macron ajoute à la confusion qui règne en France, où des guerres intestines déchirent aussi bien la gauche que la droite à huit mois du scrutin.

S'il n'est pas encore officiellement candidat, le jeune ministre de l'Economie, 38 ans, a quitté mardi le gouvernement afin de se consacrer à construire un projet "pour transformer la France dès l'année prochaine".

"Sa démission accentue toujours plus l'état de fragmentation de la gauche", commentait mercredi le quotidien La Croix, tandis que tous les journaux notaient le "coup dur" ou "très rude" porté au président socialiste François Hollande.

Déjà défié sur sa gauche par trois anciens ministres, l'impopulaire chef de l'Etat est désormais concurrencé sur son flanc droit par un social-libéral qui tente d'incarner le renouveau, en dehors des partis classiques.

Même si "la bulle" Macron risque vite d'exploser, selon un proche du président, cette nouvelle dissidence "réduit l'espace politique de Hollande à celui du parti socialiste, soit actuellement autour de 14% de l'électorat", souligne Bernard Sananès, président de l'institut Elabe, dans le quotidien Le Figaro.

Dans ce contexte, le chef de l'Etat briguera-t-il un second mandat ? S'il pose depuis des mois les jalons d'une nouvelle candidature, François Hollande, 61 ans, laisse planer le doute. "Je ne ferais pas de choix de candidature si, d'évidence, elle ne pouvait se traduire par une possibilité de victoire", a-t-il confié à des journalistes, selon des propos rapportés dans un livre publié en août.

Or, tous les sondages assurent que l'extrême droite, portée par la présidente du Front National Marine Le Pen, se qualifiera pour le second tour de la présidentielle. A l'inverse, les chances de la gauche de passer le premier tour paraissent réduites à peau de chagrin.

"Hollande a besoin de Sarkozy"

"La barre pour se qualifier (au second tour) est très haute, autour de 25% des suffrages, elle semble très difficile à atteindre à gauche", juge Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de l'institut de sondages OpinionWay, interrogé par l'AFP.

Pour lui, la gauche cumule "deux difficultés : elle est très faible au niveau général", avec de mauvais scores à tous les scrutins organisés depuis 2012, et "elle est très divisée".

Même si les socialistes parvenaient à s'entendre sur un candidat et qu'Emmanuel Macron lui apportait son soutien, restera la candidature de Jean-Luc Mélenchon, hérault de la gauche radicale qui avait remporté 11% des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2012, rappelle-t-il.

Dans ce contexte, "il est évident que la vraie élection présidentielle se jouera au mois de novembre et pas au mois de mai", estime Bruno Jeanbart en référence à la primaire du parti d'opposition de droite, les Républicains, prévue les 20 et 27 novembre. "A priori le vainqueur de la primaire à droite sera le vainqueur de la présidentielle", dit-il.

Mais là encore, le paysage est constellé d'inconnues et de luttes fratricides. Au moins quatre prétendants sont en lice avec deux grands favoris, l'ex-président Nicolas Sarkozy, au pouvoir de 2007 à 2012, et l'ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, Alain Juppé.

Faute de divergences profondes sur le plan économique, les deux hommes se distinguent et s'écharpent sur les thématiques identitaires (islam, laïcité, immigration), alors que la France est la cible d'une série d'attentats depuis 2015.

Pour l'instant, les sondages donnent l'avantage à Alain Juppé, 71 ans, qui campe sur un profil modéré. Mais, selon une enquête publiée dimanche, l'écart se resserre avec Nicolas Sarkozy, qui s'est lancé dans une campagne à droite toute dans l'espoir de reprendre quelques voix au FN.

Un succès de Nicolas Sarkozy à la primaire serait paradoxalement la seule lueur d'espoir pour l'actuel locataire de l'Elysée. "Hollande a besoin que ça soit Sarkozy, relève l'historien Jean Garrigues. Il a besoin d'avoir un candidat de droite radicale ou dure pour que ça lui laisse l'espace des centristes."

Le chef de l'Etat a d'ailleurs répété à plusieurs reprises qu'il attendrait décembre avant de dire s'il brigue un nouveau mandat. Et la gauche ne prévoit sa primaire que fin janvier. Les électeurs devront encore attendre pour connaître le casting de la présidentielle.

Avec AFP

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