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BURUNDI : tirs soutenus et confusion à Cibitoke, mardi soir à Bujumbura.


Des tirs soutenus ont retenti pendant près d'une heure mardi peu avant la tombée de la nuit dans le quartier de Cibitoke, fief de la contestation à Bujumbura contre la candidature du président burundais Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

Il était impossible de connaître l'origine des séries de coups de feu très rapprochés, mais la population évoquait une descente des "Imbonerakure". Qualifiée de "milice" par l'ONU, cette ligue de jeunesse du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, est accusée par ses adversaires d'être chargée des basses oeuvres du parti, notamment d'intimidations et d'agressions à leur encontre.

Un photographe étranger a indiqué avoir vu un mort et deux blessés par balles dans le quartier.

"Ce sont les miliciens du parti" qui tirent, a affirmé un jeune de Cibitoke qui a dit les avoir vus. "Ils sont vêtus en civil et ont des armes". Plusieurs habitants ont indiqué à l'AFP avoir été prévenus via des amis ou des voisins que des jeunes partisans du pouvoir étaient descendus du quartier voisin de Kamenge, fief du CNDD-FDD, sur Cibitoke.

La situation était extrêmement confuse. De nombreux jeunes couraient à travers les ruelles partant de l'avenue principale, en direction de l'origine présumée des tirs, pour tenter d'empêcher l'avancée des "miliciens", tandis que d'autres fuyaient la zone en sens inverse. Certains postés au coin de maisons et armés de pierres tentaient d'apercevoir les tireurs.

Un petit détachement de militaires semblait lui aussi hésiter sur la marche à suivre. Un officier passait des coups de téléphone pendant que ses hommes s'abritaient derrière un mur. Des jeunes en colère leur faisaient signe d'intervenir. Un soldat, avouant ne pas savoir ce qu'il se passait, a affirmé qu'une colonne de militaires était déjà montée vers l'origine présumée des tirs.

Au moins une explosion - de ce qui semblait être une grenade - a été entendue par le journaliste de l'AFP qui a vu plusieurs balles traçantes traverser la rue principale du quartier très légèrement au-dessus des toits.

Les jeunes de Cibitoke avaient dressé à la hâte une barricade à l'extrémité de l'avenue principale, avec un morceau d'arbre enflammé. Une autre barricade enflammée était visible au loin, à l'autre bout de l'avenue.

Un peu plus bas, à la limite du quartier de Mutakura, sur une avenue jonchée de pierres et barrée d'obstacles divers, des petits groupes d'habitants se concertaient l'air inquiet, prenant des nouvelles de la progression des présumés Imbonerakure par téléphone portable.

"Comment vais-je rentrer chez moi?" se demandait une femme. "Bien sûr qu'on a peur, nous n'avons pas d'armes, nous, comment voulez-vous qu'on se défende?"

A Cibitoke les tirs avaient cessé à la tombée de la nuit, quand le journaliste de l'AFP a quitté les lieux.

Lundi, un journaliste de l'AFP avait vu un groupe de contre-manifestants, armés de bâtons et de lanières de caoutchouc faisant office de fouets, donner la chasse aux jeunes du quartier contestataire de Kinama, près de Cibitoke, sous le regard impassible de la police qui avait ensuite protégé leur départ du quartier.

Les habitants de Kinama les avaient désignés comme des Imbonerakure.

Le Burundi est plongé dans la crise à l'approche de la présidentielle du 26 juin. Les manifestations d'opposants à la candidature de M. Nkurunziza sont quasi-quotidiennes depuis un mois dans la capitale et ont été émaillées de heurts avec la police, avec près d'une trentaine de morts en quatre semaines.

(AFP)

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