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Burundi : sept morts dans une longue nuit de violences à Bujumbura


Des soldats dispersent la foule à Bujumbura, le 7 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Des soldats dispersent la foule à Bujumbura, le 7 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Affrontements entre insurgés et policiers, attaque contre un bar : il s'agit de la nuit la plus violente depuis le début de l'opération de désarmement lancée par le gouvernement burundais.

Au moins sept personnes ont été tuées dans la nuit de dimanche 15 à lundi 16 novembre, à Bujumbura, au cours d'affrontements entre insurgés et policiers dans plusieurs quartiers, des violences qui se sont poursuivies lundi avec des explosions de grenades faisant plusieurs blessés, selon une source policière et des témoins.

Ces affrontements sont les premiers d'ampleur depuis une opération de désarmement lancée début novembre par la police dans les quartiers contestataires de Bujumbura.

"Il y a eu plusieurs attaques de criminels armés dans de nombreux quartiers de Bujumbura, coordonnées apparemment, mais la police a riposté à chaque fois et les a fait fuir", a expliqué un haut gradé de la police ayant requis l'anonymat, faisant état de sept tués, dont un policier, durant la nuit.

La résidence du maire attaquée

Des hommes armés ont notamment attaqué la résidence du maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, dans le quartier Rohero, proche du centre-ville, sans faire de victime, a-t-il indiqué, confirmant plusieurs témoignages.

Le bilan officiel évoqué par le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, est de quatre tués - trois "criminels armés" et un policier - et de cinq policiers et deux "criminels" blessés, dans au moins quatre attaques distinctes dans la nuit de dimanche à lundi contre des patrouilles de police à travers Bujumbura, dans les quartiers de Musaga (sud), Rohero et Bwiza (centre), et Cibitoke (nord).

Dans le quartier de Bwiza (centre), "trois personnes ont été découvertes tuées par balles" dans un bar de nuit "et une quatrième un peu plus loin", a indiqué à l'AFP un habitant. Les trois tués du bar sont les trois "criminels" dont parle le porte-parole de la police, qui n'a pas évoqué la quatrième victime.

Une attaque similaire contre un bar de ce même quartier de Bwiza avait fait un mort et sept blessés dans la nuit de samedi à dimanche.

Selon le haut gradé de la police s'exprimant sous couvert de l'anonymat, deux civils ont en outre été tués - probablement par des balles perdues - dans les quartiers sud de Kinanira et Kanyosha.

Un ancien officier supérieur de l'armée a revendiqué au nom des insurgés les attaques contre la résidence du maire et les attaques de la nuit contre la police, mais a rejeté toute responsabilité de la rébellion naissante dans l'attaque du bar de Bwiza.

"Tout a commencé vers 23 h et ça a duré environ une heure (...) C'était horrible, ces violences ont touché de nombreux quartiers en même temps avec des rafales de Kalachnikov, des explosions, des mitrailleuses...", a raconté Françoise, une habitante du centre-ville. "C'est la première fois qu'autant de quartiers étaient attaqués en même temps", selon elle.

Grenades

Par ailleurs, lundi à la mi-journée, trois policiers et deux civils ont été blessés dans l'explosion de grenades, dans deux incidents distincts, dans le quartier de Kamenge, considéré comme un fief du parti au pouvoir, selon le porte-parole de la police.

Une autre grenade a explosé dans le quartier de Buyenzi, dans le centre de la capitale, sans faire de dégâts, a-t-il ajouté. Cette explosion a semé la panique dans le grand marché de Buyenzi, provoquant la fuite des commerçants et clients, selon des témoins.

Le pouvoir burundais a récemment indiqué avoir récupéré une vingtaine d'armes lors des opérations de fouille des quartiers contestataires, parlant de "succès", alors que selon de nombreux témoignages les armes y pullulent désormais.

Selon les contestataires, la Constitution et l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006) interdisent à M. Nkurunziza d'effectuer un troisième mandat.

La mise en échec d'un coup d'Etat militaire à la mi-mai, la répression de six semaines de manifestations et la réélection en juillet de Pierre Nkurunziza, lors d'un scrutin controversé, n'ont pas empêché l'intensification des violences.

Avec AFP

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