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Burundi : la police dit avoir tiré sur des "criminels armés" dans un bus, une version contredite par des témoins


Des policiers chassent des manifestants à Bujumbura, le 20 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Des policiers chassent des manifestants à Bujumbura, le 20 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Selon la police, une personne a été tuée samedi dans des échanges de tirs entre les forces de l'ordre et des "criminels armés" à bord d'un bus revenant d'un enterrement. Mais selon des témoins, le bilan pourrait aller jusqu'à 16 morts et personne n'était armé.

Une personne, selon la police, a été tuée samedi près de Bujumbura, la capitale du Burundi, quand des policiers ont tiré sur un bus revenant d'un enterrement. Des témoins évoquent de leur côté un bilan pouvant aller jusqu'à 16 morts.

Une personne a été tuée dans des échanges de coups de feu entre les policiers et des "criminels armés" présents dans le bus et dans trois autres véhicules qui suivaient, a indiqué à l'AFP le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye.

Mais ce bilan a été fortement contesté par de nombreux témoins contactés par l'AFP, qui ont évoqué entre 10 et 16 morts, et assuré qu'aucun coup de feu n'avait été tiré depuis le bus.

Un haut gradé de l'armée, sous le couvert de l'anonymat, a lui fait état auprès de l'AFP de "trois morts et plusieurs blessés".

Funérailles d'un chef de groupe rebelle, selon la police

Selon le porte-parole de la police, M. Nkurikiye, les forces de l’ordre auraient reçu des informations selon lesquelles la personne inhumée, un Rwandais prénommé Théoneste, était le chef d'un groupe qui avait mené cette semaine une attaque contre une position de police près du centre de jeunesse du quartier de Kamenge, dans le nord-ouest de Bujumbura.

La police a laissé les funérailles avoir lieu au cimetière de Mpanda, situé non loin de l'aéroport de Bujumbura, à une quinzaine de kilomètres de la capitale. Mais elle a ensuite attendu le convoi funéraire dans la localité proche de Buringa.

"Lorsque la police a voulu arrêter ce bus, les malfaiteurs qui étaient à l'intérieur se sont mis à tirer et les policiers ont riposté", a affirmé M. Nkurikiye, qui a précisé que des hommes armés présents dans deux des autres véhicules s'étaient enfuis en tirant en l'air.

La version de la police a été récusée par de nombreux témoins interrogés par l'AFP. Certaines personnes ont réussi à quitter le bus et une chasse à l'homme s'en est suivie, selon ces témoins.​

D'après un jeune qui revenait également de cet enterrement et suivait le bus dans un autre véhicule, une cinquantaine de civils, dont des femmes et des enfants, se trouvaient à l'intérieur, et il n'y avait aucune arme à bord.

Le jeune qui venait d'être inhumé aurait été tué d'une balle perdue deux jours plus tôt, selon cette même source.

Deux fusils et une grenade récupérées, selon la police

M. Nkurikiye a précisé à l'AFP que 12 personnes avaient été arrêtées, et que deux fusils et une grenade avaient été récupérés. D'après lui, les personnes arrêtées avaient sur elles des numéros de téléphone d'employés de l'ONG Médecins sans frontières (MSF).

Ces personnes auraient indiqué aux policiers qui les interrogeaient que le personnel de MSF avait l'habitude de venir les évacuer après des combats contre la police et de les soigner, a encore affirmé M. Nkurukiye, n'hésitant pas à accuser l'ONG de complicité avec les insurgés.

Les policiers impliqués appartiennent à la brigade anti-émeute, une unité nouvellement créée pour lutter contre les actes de "terrorisme".

Plusieurs témoins ont assuré avoir vu le commandant de cette unité, le colonel Désiré Uwamahoro, donner personnellement les ordres.

Cet officier avait été condamné à cinq ans de prison par un tribunal burundais en 2012, pour des tortures infligées à une vingtaine de civils, dans la commune de Rutegama, au centre du pays, cinq ans plus tôt. Mais il n'a jamais purgé sa peine.

Depuis deux mois, les positions de police sont régulièrement attaquées par des "bandes de criminels", le terme officiel désignant une rébellion naissante issue de la contestation du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

La volonté acharnée de M. Nkurunziza - au pouvoir depuis 2005 et réélu en juillet dernier - de conquérir un troisième mandat, malgré les critiques de l'opposition, de la société civile et de la communauté internationale, a plongé ce pays d'Afrique des Grands Lacs dans une grave crise politique, émaillée de violences meurtrières.

Avec AFP

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