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Burundi : nouvelles vagues d’exclusion d’élèves pour gribouillage des photos de Nkurunziza


Le président burundais Pierre Nkurunziza, 17 mai 2015.

Le président burundais Pierre Nkurunziza, 17 mai 2015.

Plus de 230 élèves du Lycée communal de Gahinga en province de Ruyigi à l’est du Burundi ont été renvoyés de l’établissement pour avoir fait le gribouillage des photos du président Pierre Nkurunziza qui se trouvent sur les manuels de classe.

Le directeur provincial de la localité a confirmé l’information. Cette pratique est devenue monnaie courante ces derniers jours dans plusieurs établissements du secondaire au Burundi.

Des cas similaires avaient déjà été officiellement recensés dans deux autres écoles et sévèrement punis, dans le centre du Burundi et la capitale Bujumbura.

"Nous avons décidé de chasser temporairement quelque 230 élèves de quatre classes de 8e et de 9e années (entre 14 et 17 ans, ndlr) du Collège communal de Gihinga lundi, parce qu'ils ont refusé de dénoncer ceux qui parmi eux ont abimé une photo de son excellence le président de la République", a annoncé à l'AFP Aloys Ngenzirabona, administrateur de la commune de Gisuru, joint par téléphone.

Selon ce responsable, équivalent d'un maire, la direction cherchait depuis une semaine à faire avouer à ces élèves qui était responsable de ces gribouillis, sans y parvenir.

"Nous leur avons donné des papiers pour qu'ils y notent les noms des responsables, mais ils nous ont rendu des feuilles vierges", a-t-il expliqué.

Les responsables ont décidé de renvoyer ces élèves "jusqu'à ce qu'ils se décident à dénoncer les responsables de cet acte ignoble", a-t-il ajouté.

Cette école est la troisième du pays où de tels cas sont officiellement découverts et les élèves punis. Mais une source du ministère de l'Education a assuré à l'AFP qu'une dizaine d'autres écoles sont concernées, notamment à Bujumbura.

Le 3 juin, 11 lycéens de Muramvya (centre) ont été inculpés puis incarcérés pour outrage à chef d'état pour avoir abîmé des photos du président Nkurunziza.

Depuis, six mineurs ont bénéficié de la liberté provisoire, mais les cinq autres, légalement considérés comme majeurs, sont en détention préventive en attendant leur procès.

Le gouverneur de Muramvya, Emmanuel Niyungeko, avait justifié la "sévérité" de ces sanctions en expliquant qu'après Dieu venait le roi, or "aujourd'hui le roi du Burundi c'est le président Nkurunziza".

Une semaine plus tôt, plus de 300 collégiens de Ruziba, dans la périphérie sud de Bujumbura, avaient été renvoyés de leur école pour les mêmes motifs. Ils ont depuis été réintégrés, mais la police enquête pour trouver les responsables.

Dans certains livres, les yeux du président avaient été troués. Dans d'autres, sa photo avait été gribouillée, ou des propos insultants à son égard avaient été inscrits.

Le Burundi a plongé dans une grave crise émaillée de violences lorsque le président Nkurunziza a annoncé en avril 2015 sa candidature pour un troisième mandat, avant d'être réélu en juillet.

Les violences ont déjà fait plus de 500 morts et poussé plus de 270.000 personnes à quitter le pays.

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