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Burundi : le Parlement encourage le gouvernement à résister à l'envoi des troupes de l’UA


FILE - A Burundian soldier with his gun and rocket launcher guard a deserted street in Bujumbura, Burundi.

FILE - A Burundian soldier with his gun and rocket launcher guard a deserted street in Bujumbura, Burundi.

Les deux chambres du Parlement burundais, réunies en Congrès extraordinaire, ont évoqué le principe de "non-ingérence d'un Etat membre dans les affaires intérieures d'un autre membre" pour s’opposer à la décision de l’Union africaine d’y envoyer 5.000 hommes.

Dans sa déclaration finale, le Congrès a exhorté le gouvernement burundais à "ne pas hypothéquer la souveraineté" du pays en cédant à l'UA.

Le Congrès a également tenu à "rassurer l'Union africaine qu'il n'y a pas de génocide en préparation ou en cours" au Burundi, estimant que les mises en garde de la communauté internationale contre un possible génocide n'étaient que des rumeurs sans fondement.

"Le Burundi est un pays en paix", les violences ne touchant que quelques quartiers isolés de Bujumbura, a ainsi assuré Pascal Nyabenda, président à la fois du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, et de l'Assemblée nationale.

L'UA avait décidé vendredi de créer une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5.000 hommes et pour une durée de six mois renouvelables, afin d'y enrayer le cycle des violences, accentuant ainsi la pression sur le gouvernement burundais.

Le Conseil de paix et de sécurité de l'UA, qui a autorisé cette mission, avait donné quatre jours à Bujumbura pour accepter ce déploiement, faute de quoi le bloc panafricain prendrait des "mesures supplémentaires" pour s'assurer qu'il ait lieu.

Bujumbura n'a même pas attendu la fin de cet ultimatum pour opposer un refus catégorique.

"Si les troupes de l'UA venaient sans l'aval du gouvernement, il s'agirait alors d'une force d'invasion et d'occupation" et le gouvernement burundais se réserverait "le droit d'agir en conséquence", a prévenu dimanche Jean-Claude Karerwa, porte-parole adjoint du président Pierre Nkurunziza.

Dans sa déclaration, le Congrès s'est aussi "indigné du silence" de l'UA sur les agissements du Rwanda, qu'il accuse de mettre sur pied une rébellion en recrutant dans les camps de réfugiés burundais sur son sol.

'Donner la parole au peuple'

La convocation en Congrès de l'Assemblée nationale et du Sénat, deux chambres complètement dominées par le CNDD-FDD, est un événement rare - c'est une première depuis le début de la crise fin avril -, qui témoigne du fait que le moment est jugé grave par le pouvoir.

"L'objectif de cette réunion extraordinaire est de donner la parole au peuple à travers ses représentants", avait expliqué un cadre du CNDD-FDD.

"Le débat va être retransmis en direct à la radio et à la télévision publiques pour faire participer tout le monde, et à la fin le peuple va s'exprimer sur ce déploiement à travers ses élus", avait-il ajouté.

Un analyste burundais ayant requis l'anonymat a estimé qu'en faisant ainsi appel aux "représentants du peuple, le pouvoir de Nkurunziza veut muscler ses arguments et donner une plus grande légitimité à son refus des troupes sur le sol du Burundi".

"Sur la +Maprobu+, le peuple du Burundi doit avoir le mot final", a approuvé dans un tweet le chef de la diplomatie burundaise, Alain Aimé Nyamitwe.

La communauté internationale estime que la radicalisation du pouvoir ces dernières semaines fait peser sur le Burundi le risque d'un génocide.

"L'Afrique ne permettra PAS un autre génocide sur son sol", a affirmé la semaine dernière le Conseil de paix et de sécurité de l'UA, en référence au Rwanda, où le génocide de 1994 a fait 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi.

L'ancien président burundais Pierre Buyoya a également mis en garde contre "un risque de génocide" au Burundi et dénoncé la volonté des dirigeants actuels du pays d'ethniciser la crise.

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril de M. Nkurunziza à un troisième mandat, jugé par ses adversaires contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha ayant permis la fin de la guerre civile (1993-2006) entre l'armée dominée alors par la minorité tutsi et des rébellions hutu.

La mise en échec d'un coup d'Etat en mai, la répression brutale de six semaines de manifestations quasi-quotidiennes à Bujumbura à la mi-juin et la réélection de M. Nkurunziza lors d'un scrutin controversé à la mi-juillet n'ont pas empêché l'intensification des violences, désormais armées.

Avec AFP

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