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Burundi : la création d'une rébellion officialisée, la pression s'accentue sur Nkurunziza


Des insurgés présumés sont exhibés devant les médias par la police burundaise près d'une cache d'armes récupérées après des affrontements dans la capitale Bujumbura, au Burundi, le 12 décembre 2015.

Des insurgés présumés sont exhibés devant les médias par la police burundaise près d'une cache d'armes récupérées après des affrontements dans la capitale Bujumbura, au Burundi, le 12 décembre 2015.

La naissance officielle d'une rébellion a été annoncée mercredi au Burundi, avec l'objectif de "chasser du pouvoir" le président Pierre Nkurunziza, sur lequel la pression internationale s'est accentuée en vue de discussions avec l'opposition.

La création d'une rébellion, appelée les "Forces républicaines du Burundi" (Forebu), a été proclamée par un ancien officier supérieur de l'armée burundaise, le lieutenant-colonel Edouard Nshimirimana.

Regroupant, selon lui, les principaux groupes armés qui opèrent au Burundi, elle aura pour but de "chasser par la force Nkurunziza du pouvoir pour restaurer l'Accord d'Arusha et la démocratie", a-t-il expliqué à l'AFP.

L'Accord d'Arusha avait consacré un partage du pouvoir entre Hutu et Tutsi, après une guerre civile qui opposa entre 1993 et 2006 l'armée, majoritairement tutsi, à des groupes rebelles hutu.

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril de M. Nkurunziza à un troisième mandat, que l'opposition, la société civile et une partie de son camp jugent contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha.

Un embryon de rébellion harcelait depuis plusieurs mois les forces de l'ordre à Bujumbura et en province. Mais sa création n'avait jamais été officialisée et elle n'avait pas de nom.

Alors qu'était créée cette rébellion, le gouvernement burundais a montré ces jours-ci les premiers signes d'un fléchissement devant la pression de la communauté internationale, en acceptant de renouer le dialogue avec l'opposition.

Dialogue à Kampala

Un premier round de discussions n'avait rien donné, la partie gouvernementale ayant décidé de se retirer, deux jours avant la présidentielle contestée de juillet qui avait débouché sur la réélection de M. Nkurunziza.

Ce dialogue reprendra à Kampala le 28 décembre sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, médiateur désigné par la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC), a confirmé à l'AFP Crispus Kiyonga, ministre ougandais de la Défense.

Il aura lieu dans le palais présidentiel à Entebbe, près de Kampala. "Il y a 14 groupes, dont le parti au pouvoir, les partis d'opposition et la société civile qui seront là", a déclaré M. Kiyonga, sans pouvoir dire si M. Nkurunziza serait présent.

Le Cnared, alliance regroupant les partis politiques et les membres de la société civile opposés à M. Nkurunziza, tous désormais essentiellement en exil, a indiqué mercredi dans un communiqué avoir "été invité".

Le gouvernement avait toujours refusé jusqu'ici de discuter avec le Cnared, accusant ses membres d'être impliqués dans la tentative de coup d'Etat des 13 et 14 mai et d'être lié aux groupes armés.

Mais un haut responsable burundais, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a laissé percer une légère évolution.

"Le gouvernement est disposé à participer au dialogue de Kampala. Mais s'il trouve qu'il y a des personnes qui ne sont pas des acteurs pacifiques (...), l'ordre du jour risque de changer", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le Rwanda absent de la mission de l'UA

"Il s'agira avant tout de s'entendre sur la composition des participants", a-t-il poursuivi, rappelant qu'il "n'est pas question de dialoguer avec des gens qui ont opté pour la violence".

M. Nkurunziza est soumis à la pression croissante des chefs d'Etat est-africains, missionnés par l'Union africaine (UA) pour le convaincre de participer aux négociations et de revenir sur son refus d'une mission de paix africaine au Burundi, a indiqué à l'AFP une source au sein de l'UA.

Celle-ci a annoncé en fin de semaine passée le déploiement d'une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5.000 hommes et pour une durée de six mois renouvelables.

Mais le gouvernement burundais en a rapidement rejeté le principe et a prévenu que si l'UA devait mener à bien ce déploiement sans son aval, cette mission serait alors considérée comme une "force d'invasion et d'occupation".

Le président tanzanien John Magufuli a appelé au "dialogue" et précisé que la question de la Maprobu serait un élément clé des négociations en Ouganda. Et son homologue kényan Uhuru Kenyatta a fait passer à Bujumbura un message condamnant "l'usage de la violence dans la poursuite d'objectifs politiques".

Le président rwandais Paul Kagame a, pour sa part, écarté toute participation de troupes rwandaises à la mission de l'UA au Burundi. Mais il a affirmé qu'il essaierait de contribuer "sous une autre forme", sans préciser laquelle.

Les relations entre le Rwanda et le Burundi sont au plus bas, Bujumbura accusant Kigali de soutenir la rébellion.

Avec AFP

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