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Burkina : le candidat sankariste revendique l'héritage du père de la révolution


Bénéwendé Stanislas Sankara, avocat de la famille de Thomas Sankara à Ouagadougou, Burkina, 13 octobre 2015. (VOA/Bagassi Koura)

Bénéwendé Stanislas Sankara, avocat de la famille de Thomas Sankara à Ouagadougou, Burkina, 13 octobre 2015. (VOA/Bagassi Koura)

Bénéwendé Sankara, candidat de l'UNIR/PS et avocat de la famille de Thomas Sankara, fait de la lutte contre la corruption et de l'auto-suffisance ses principaux thèmes de campagne.

En campagne sur la terre natale de Thomas Sankara, le candidat Bénéwendé Sankara revendique l'héritage du "père de la révolution" burkinabè pour l'élection présidentielle du 29 novembre.

Sous un soleil de plomb, le candidat du parti sankariste tient son discours devant 300 personnes à l'ombre d'une tribune en bois dressée sur un terrain vague longeant la piste de latérite qui fend la petite ville de Latodin, 10 000 habitants, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale Ouagadougou.

"C'est le village de mes oncles maternels. Je venais ici à pied. Avec mon grand-père, on quittait mon village natal Toecin pour venir à Latodin à pied, ça fait 25 km", raconte Me Sankara, 56 ans, l'air nostalgique. "Cette province de Passoré m'a vu grandir". Les habitants "sont mes parents et ils savent les valeurs que nous défendons".

Cette province aride, classée parmi les plus pauvres du Burkina Faso, est la sienne mais aussi celle de l'emblématique Thomas Sankara.

Bénéwendé Stanislas Sankara n'a pas de lien direct de parenté avec l'ancien président devenu une icône, même s'il porte le même nom, qu'il est candidat du parti l'Union pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS), et qu'il est l'avocat de la famille de l'ancien président.

Héritage

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1983, le capitaine Thomas Sankara qui a rebaptisé Burkina Faso ("patrie des hommes intègres") l'ancienne Haute Volta, a tenté de mener le pays sur la voie du développement économique. Sankara, qui dirigeait le pays d'une main de fer, est devenu une icône au Burkina mais aussi dans toute l'Afrique, probablement aussi en raison de son assassinat en 1987.

Son héritage a été abondamment revendiqué durant le soulèvement populaire d'octobre 2014 qui a conduit à la chute du président Blaise Compaoré et à la mise en place d'une période régime de transition, que le prochain scrutin présidentiel doit clore.

Compaoré, ancien compagnon de Sankara, lui avait succédé au pouvoir et pendant ses 27 ans à la tête du pays, son régime a tenté d'occulter son souvenir.

Mais le candidat Sankara mène avec la famille un combat pour clarifier la mort du "Che africain", criblé de balles par un commando selon une autopsie réalisée cette année.

Depuis la chute de Compaoré, la justice avance à grands pas dans ce dossier. De premières inculpations ont eu lieu 28 ans après la mort de l'ex-président. Parmi les personnes impliquées, d'anciens membres du Régiment de sécurité présidentielle, l'unité auteur du putsch raté du 17 septembre qui a conduit au report des élections d'octobre à novembre.

"Il dit la vérité"

D'inspiration socialiste comme l'ancien président, Me Sankara a fait de la lutte contre la corruption et l'auto-suffisance ses principaux arguments électoraux.

Yacouba Korbéogo, responsable local de l'UNIR/PS à Latodin, estime que le candidat ne " fait pas de fausses promesses. Il dit la vérité comme (Thomas) Sankara. Or, la jeunesse veut la clarté".

A Latodin, on vit principalement d'agriculture et d'élevage. Aina Korbéogo, mère de trois enfants, est vêtue en "Faso danfani", le pagne tissé en coton symbolisant le "consommons burkinabè" prôné par Thomas Sankara. "L'UNIR/PS ne brûle pas le pays. Me Sankara est avec le peuple, il est comme nous. Le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti de Blaise Compaoré), leur travail n'était pas bon, ils n'ont rien fait pour nous".

Ironiquement, le Passoré est aussi la province d'Eddie Komboïgo, le patron du CDP, dont la candidature à la présidentielle a été invalidée par le Conseil constitutionnel. Un autre fils du Passoré est particulièrement célèbre: le Premier ministre Isaac Zida. Celui-ci s'était emparé du pouvoir après la chute de Compaoré, avant de le lâcher au bout de 21 jours sous la pression internationale et de jouer la carte de la Transition.

"Nous avons toujours souhaité le vrai changement et nous avons toujours défendu l'idéal du président Thomas Sankara", plaide Bénéwendé Sankara. "Après lui, une infime partie de la population s'est transformée en vampires de notre peuple".

L'avocat, qui se présente pour la troisième fois à la présidentielle, effectue une campagne discrète, allant, sans longs cortèges, de village en village et de ville en ville, loin des grandes machines des deux grands favoris du scrutin, Roch Marc Christian Kaboré et Zéphirin Diabré.

"Nous sommes de l'école du président Sankara qui nous a appris que l'opulence des moyens traduit la carence et l'incapacité des hommes", assure-t-il.

AFP

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