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Budget au point mort et crise monétaire au Nigeria : Buhari critiqué pour son immobilisme


Le président nigérian Muhammadu Buhari le 30 novembre 2015 à l'ouverture de la COP21 à Paris. (REUTERS/Christian Hartmann)

Le président nigérian Muhammadu Buhari le 30 novembre 2015 à l'ouverture de la COP21 à Paris. (REUTERS/Christian Hartmann)

Les médias nigérians lui ont donné le surnom de "Baba Go Slow" ("le vieux qui prend son temps").

Le président nigérian Muhammadu Buhari est de nouveau critiqué pour son immobilisme face à une grave crise économique et monétaire qui frappe le pays et menace de faire fuir les investisseurs.

Celui qui a mis presque six mois à nommer un gouvernement, après son élection l'an dernier à la tête de la première puissance économique africaine, n'est pas prêt de se défaire du surnom de "Baba Go Slow" --"le vieux qui prend son temps"-- dont l'ont affublé les médias nigérians.

Les cours mondiaux du pétrole ont chuté de 70% depuis 2014, privant le Nigeria, premier producteur de brut du continent, de sa principale source de revenus et faisant dégringoler à la fois la croissance et la monnaie locale, le naira.

Malgré ce contexte morose, M. Buhari a annoncé en décembre un budget record de 6.080 milliards de nairas (environ 27 milliards d'euros) pour 2016, soit une augmentation des dépenses publiques de 20%, financé en partie par des emprunts. Ceci afin d'investir dans de coûteuses infrastructures dont le pays a cruellement besoin, pour stimuler les investissements et la croissance.

Mais de grossières erreurs ont été décelées dans le projet de budget, retardant son adoption par le Parlement.

Les mêmes dépenses de véhicules, ordinateurs et meubles apparaissent à 24 reprises, pour un montant total de 46,5 milliards de nairas, une porte ouverte à la corruption, dénonce Oluseun Onigbinde, co-fondateur de BudgIT, une organisation nigériane qui oeuvre pour plus de transparence dans l'action publique.

"Les Nigérians traversent une période de crise, avec le prix du pétrole qui a plongé en-dessous de 30 dollars, donc le budget devrait être plus en phase avec l'humeur du moment", estime M. Onigbinde.

M. Buhari a renvoyé cette semaine le directeur général chargé du budget et a nommé à sa place un banquier, Tijjani Abdullahi.

Le projet de budget doit maintenant faire l'objet de révisions importantes avant qu'il puisse à nouveau être validé par le président et voté par le Parlement, un processus qui pourrait prendre des mois.

Paralysie

La controverse sur le budget n'est pas pour rassurer les investisseurs, déjà refroidis par la crise monétaire en cours. Le Nigeria, dont une grande partie des réserves en devises provenaient du pétrole, voit le naira s'écrouler au marché noir.

Vendredi, il s'échangeait à plus de 360 pour un dollar -- contre 250 il y a quelques semaines.

Au lieu de dévaluer, comme le recommande le Fonds monétaire international, le gouvernement a décidé de maintenir le même taux officiel (entre 197 et 199 nairas pour un dollar) mais d'interdire l'importation de certains produits et de protéger les réserves en devises restantes.

"Les investisseurs ne sont pas en confiance parce qu'on n'a pas l'impression d'aller de l'avant", estime Nema Ramkhelawan-Bhana, analyste pour Rand Merchant Bank Africa. Et "le pire scénario possible est la paralysie, comme ce qu'on a vu pour la Banque centrale et la politique de change".

M. Buhari dit ne pas vouloir "tuer le naira" pour protéger les plus pauvres, qui risquent d'être touchés de plein fouet par la hausse des prix, dans un pays où la plupart des produits de base sont importés.

Mais dans les rues de Lagos, la capitale économique, les prix ont déjà augmenté.

"Une assiette de riz, qui coûtait 200 nairas en décembre, en coûte maintenant 350. Les clients se plaignent parce que les portions ne sont pas les mêmes qu'auparavant", explique Mary Idowu, qui vend ses plats préparés aux passants.

Le sac de 50 kg de riz est passé de 9.000 nairas à 13.000, et le sac de haricots de 12 à 15.000 nairas, détaille-t-elle.

Le taux d'inflation annuel est passé à 9,6% en janvier, au-dessus de l'objectif de la Banque centrale.

Pat Utomi, professeur d'économie politique à la Lagos Business School, dénonce la lenteur des autorités "à résoudre des problèmes aussi importants".

"Le gouvernement doit réaliser qu'il ne peut pas continuer à protéger le naira, parce qu'il n'a pas les réserves pour le faire. Et au final, le naira finira par trouver sa juste valeur, qu'on dévalue ou pas".

AFP

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