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Brésil : Rousseff passe à l'attaque à la veille du vote crucial sur sa destitution


La présidente du Brésil, Dilma Rousseff

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff

La présidente de gauche du Brésil appelle, dans une vidéo, les Brésiliens à suivre avec attention, dans le calme et la paix, le vote sur sa destitution qui doit se tenir dimanche, affirmant que ses detracteur veulent condamner une innocente et sauver des corrompus.

Dilma Rousseff est passée à l'attaque samedi à la veille d'un vote crucial au parlement sur sa destitution en diffusant un dur message contre "cette aventure putschiste" et en appelant à la mobilisation de ses partisans.

"L'accusation contre moi en cours d'examen au Congrès national est la plus grande fraude juridique et politique dans l'histoire du pays", a affirmé la chef de l'Etat dans une vidéo diffusée à l'aube par son Parti des Travailleurs (PT, gauche) au pouvoir depuis 13 ans.

Elle a appelé les "Brésiliens à suivre avec attention les événements" mais "surtout dans le calme et la paix".

Dans une tribune publiée samedi par le quotidien Folha de S. Paulo, elle accuse directement ceux qui conduisent la procédure de chercher à prendre le pouvoir pour échapper aux accusations de corruption qui pèsent sur eux.

"Ils veulent condamner une innocente et sauvent des corrompus", écrit Mme Rousseff, 68 ans.

Légitimité ?

"Quelle est leur légitimité?", s'interroge Mme Rousseff qui, ces derniers jours, a accusé son vice-président Michel Temer et le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, d'être "le chef et le sous-chef" de la conspiration contre elle.

Le nom de M. Temer -- qui remplacerait Mme Rousseff si destituée --, dirigeant du parti centriste PMDB qui a lâché la majorité fin mars, a été cité par des inculpés du dossier Petrobras dans de sombres histoires de ventes illégales d'éthanol, qu'il réfute.

M. Cunha, un député du PMDB ultraconservateur, adepte d'une église évangélique néo-pentecôtiste, est inculpé pour "corruption et blanchiment d'argent" dans le cadre du scandale Petrobras.

Dilma Rousseff, une ex-guérillera sous la dictature (1964-85) et membre du PT, est accusée par l'opposition de maquillage des comptes publics en 2014, année de sa réélection, et début 2015, mais pas de corruption.

De plus, sur les 65 membres de Commission spéciale qui a recommandé de voter "pour l'impeachment", 36 sont inculpés ou ont déjà été condamnés.

Mme Rousseff a annulé samedi sa participation à une action de ses partisans qui campent sous des tentes près du stade de Brasilia Mané Garrincha, mais elle a été remplacée par l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva.

"Elle ne va pas y aller pour mener les dernières négociations pour le vote de dimanche", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la présidence à l'AFP.

Le compte à rebours est enclenché: plus de 200 millions de Brésiliens sont suspendus aux joutes enflammées des députés, réunis depuis vendredi pour une assemblée plénière marathon de trois jours qui reprend ce samedi à 11H00 (15H00GMT). Chaque parlementaire du pays-continent s'exprimera trois minutes à la tribune.

Dilma Rousseff parviendra-t-elle à sauver son mandat avec l'appui d'un tiers des députés? Ou sa destitution sera-t-elle approuvée par les deux tiers de la chambre basse (342 votes requis) et soumise à l'approbation définitive du Sénat?

L'opposition y croit

Les élus ont âprement débattu vendredi du bien-fondé de la procédure de destitution de Mme Rousseff.

Les députés du PT au pouvoir et des formations d'extrême gauche ont accusé leurs rivaux conservateurs de fomenter un "coup d'État" institutionnel pour s'emparer du pouvoir qu'ils n'ont su conquérir dans les urnes en 2014.

Dilma Rousseff et son gouvernement, "le plus corrompu de l'histoire", ont "escroqué les électeurs brésiliens" en mentant sur la gravité de la situation économique, ont rétorqué les élus conservateurs.

"Il y a eu un coup (d'Etat), oui! Quand on a caché que le pays était en faillite et que l'on a continué à faire d'immenses dépenses publiques!", a lancé le juriste Miguel Reale Junior, co-auteur de la demande de destitution.

Ces débats houleux ont ouvert l'un des chapitres les plus dramatiques de la jeune démocratie brésilienne.

Dilma Rousseff est considérablement affaiblie par 14 mois d'une crise aggravée par la récessison économique. Cette semaine, elle a essuyé une avalanche de défections au sein des partis du centre mou de sa coalition hétéroclite en miette.

L'opposition donne sa victoire pour pratiquement acquise dimanche soir.

Dimanche sous tension

Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, a apporté son soutien vendredi à Mme Rousseff.

"Elle n'est pas accusée, inculpée par aucune juridiction du pays, alors que beaucoup de ceux qui vont la juger au Congrès sont accusés ou font l'objet d'une enquête", a-t-il souligné.

Face au Congrès des députés, une barrière de deux mètres de haut et d'un kilomètre de long a été érigée pour séparer les "pro-impeachment" et les "anti-putsch" qui suivront le vote des députés sur des écrans géants.

La police, en état d'alerte dans tout le pays, craint des affrontements.

De grandes manifestations de chaque camp sont prévues dimanche à Rio de Janeiro (sud-est), le long de la célèbre plage de Copacabana, à des horaires différents.

A Sao Paulo (sud-est), poumon industriel du Brésil et fief de l'opposition, les autorités prévoient une affluence d'un million de manifestants.

Avec AFP

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