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Brésil : procès en destitution de Rousseff, la parole à la défense


Dilma Rousseff, présidente du Brésil.

Dilma Rousseff, présidente du Brésil.

Les sénateurs brésiliens entendent vendredi six témoins défendant la présidente Dilma Rousseff, au deuxième jour d'un procès en destitution historique qui devrait mettre fin à 13 ans de gouvernements de gauche dans le géant d'Amérique latine.

La séance s'est ouverte à 09H40 locales (12H40 GMT) et pourrait se prolonger jusqu'à dimanche avec le témoignage des six témoins dont d'anciens ministres de Mme Rousseff comme Nelson Barbosa (Economie) ou Luiz Costa (Education) ainsi que des experts en droit et en économie.

La première session du procès, jeudi, a duré plus de dix heures, avec la longue audition de deux témoins de l'accusation dans un climat tendu entre pro et anti-Rousseff.

Plusieurs sénateurs de gauche avaient soulevé des questions de procédure, toutes rejetées, tout en dénonçant "un tribunal d'exception" et un procès "sans fondement juridique".

L'issue du procès, attendue mardi ou mercredi, ne fait guère de doute, une nette tendance se dégageant en faveur de la destitution, qui requiert un vote des deux tiers des parlementaires, soit 54 sur 81.

Dilma Rousseff, première femme élue à la tête du Brésil, ex-guérillera de 68 ans qui fut emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), n'assume déjà plus ses fonctions depuis le 12 mai, quand un vote de plus des deux tiers des sénateurs l'avait suspendue.

Son "crime de responsabilité", selon ses détracteurs ? Avoir maquillé les comptes publics pour camoufler un déficit trop important et avoir signé des décrets engageant des dépenses imprévues sans l'accord préalable du Parlement, une pratique à laquelle ses prédécesseurs avaient largement eu recours.

La dirigeante, qui a promis de se battre "avec la même force que quand (elle avait) lutté contre la dictature militaire", dénonce un "coup d'Etat" institutionnel ourdi par le principal bénéficiaire de la manœuvre : Michel Temer, son ancien vice-président de 75 ans devenu rival.

Tout aussi impopulaire qu'elle, l'homme fort du PMDB (centre droit) exerce déjà la présidence par intérim et restera aux manettes jusqu'aux prochaines élections présidentielles et législatives fin 2018 si elle est destituée.

"C'est le jour de la honte nationale", a fustigé jeudi, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Mme Rousseff, lors d'un meeting près de Rio.

- Déprime économique -

Jeudi, le président du Tribunal suprême fédéral Ricardo Lewandowski, qui dirige les débats conformément à la Constitution, avait appelé les sénateurs, transformés en "juges" pour l'occasion, à "laisser de côté leurs positions idéologiques et partisanes".

Dilma Rousseff, qui n'a cessé de clamer son innocence depuis le début de la procédure en décembre dernier, se défendra personnellement lundi devant le Sénat mais, selon les analystes, elle s'adressera plus à la nation pour défendre son gouvernement et son image que pour convaincre les sénateurs qui se sont déjà fait leurs idées.

Selon le journal Estado do Sao Paulo, Lula l'accompagnera.

Mais si Mme Rousseff a appelé ses partisans à "garder espoir", elle semble bien isolée, même dans son propre camp.

Mercredi, la direction du Parti des travailleurs (PT) a rejeté à une large majorité sa proposition de consulter les Brésiliens par référendum sur l'organisation d'élections anticipées au cas où elle serait rétablie dans ses fonctions par le Sénat.

La population semble lassée de cette histoire, comme en témoigne l'absence de manifestants jeudi devant le Parlement, où des barricades avaient été placées en prévention d'échauffourées. Il y a quelques mois, ils avaient été des centaines de milliers à défiler, pour un camp ou un autre.

C'est que la déprime économique règne, bien loin du boom socio-économique sur lequel avait surfé Lula, l'ex-ouvrier devenu président sous la bannière du PT.

Le pays est entré en 2015 dans la pire récession depuis des décennies, sur fond d'inflation élevée, d'explosion du chômage (11 millions de demandeurs d'emploi), et un déficit budgétaire de plus de 45 milliards de dollars.

"En fait, quel que soit" le prochain dirigeant, "il volera de tout façon. Ils font tous pareil", juge, dans un quartier modeste de Sao Paulo autrefois bastion du PT, Naira de Oliveira, 27 ans.

Lula est d'ailleurs inculpé pour "tentative d'entrave à la justice" dans le scandale de corruption touchant le géant public pétrolier Petrobras, une affaire qui a éclaboussé tout autant le PT que le parti de M. Temer, et la majeure partie de l'élite politique brésilienne.

Avec AFP

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