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Bilans contradictoires après l'attaque d'un camp de l'armée éthiopienne en Somalie par les shebab


La mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) ici au Burundi, patrouille après une altercation entre des insurgés et les soldats le 22 mai 2012.

La mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) ici au Burundi, patrouille après une altercation entre des insurgés et les soldats le 22 mai 2012.

Les insurgés islamistes shebab ont mené une nouvelle attaque d'envergure dans le centre de la Somalie contre une base éthiopienne de la mission de l'Union africaine qui tente de stabiliser le pays (Amisom), les deux camps avançant des bilans fortement contradictoires.

Les shebab, affiliés à Al-Qaïda, ont revendiqué l'assaut contre la base d'Halgan, dans la région de Hiran, et affirmé avoir tué 60 soldats éthiopiens. Addis-Abeba, pour sa part, a assuré que 101 jihadistes étaient morts dans cette attaque.

"Les combattants moudjahidines ont pénétré dans la base et ont massacré de nombreux Éthiopiens", ont indiqué les shebab via un communiqué publié sur leur compte de messagerie "Telegram".

Ils ont affirmé avoir tué "60 soldats" éthiopiens, tout en reconnaissant que 16 de leurs hommes avaient péri.

Mais ce bilan a été vivement contesté par les autorités éthiopiennes.

Des chiffres discutés

"Il y a eu une tentative par les shebab d'attaquer nos forces dans le centre de la Somalie, mais cette attaque a mal commencé et nos forces ont tué 101 militants et détruit de l'armement lourd", a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement éthiopien Getachew Reda.

"Nous sommes encore en train de recenser le nombre de personnes touchées de notre côté, mais leur affirmation selon laquelle ils ont tué 43 soldats éthiopiens (le premier bilan fourni par les shebab avant de parler de 60 morts, ndlr) est un mensonge absolu. C'est le fruit de leur imagination", a-t-il ajouté.

Les bilans de ce type d'attaque sont impossibles à vérifier de manière indépendante. Les shebab ont coutume d'exagérer les bilans de leurs opérations et l'Amisom ne communique en général pas le nombre précis de victimes dans ses rangs.

Celle-ci a confirmé que l'attaque avait eu lieu, soutenant qu'elle avait été repoussée par l'armée éthiopienne, avec l'aide de l'armée somalienne.

"Les assaillants sont maintenant en fuite et les forces (éthiopiennes et somaliennes, ndlr) sont à leur poursuite", a indiqué l'Amisom sur son compte Twitter.

Voiture piégée

La version de l'Amisom a été confirmée par les autorités locales.

"Il y a eu une attaque majeure ce matin (jeudi) à Halgan. Des éléments violents ont tenté de pénétrer dans la base de l'armée somalienne et de l'Amisom, mais ils ont été repoussés et leurs corps sont partout", a déclaré Guhad Abdi Warsame, un haut responsable local.

Le colonel Joseph Kibet, le porte-parole de l'Amisom, a confié à VOA Somali qu'une attaque avait échoué près du village de Halgan, grâce aux troupes éthiopiennes et somaliennes.

"Le bilan initial reportait qu'au moins 110 militants ont été tués pendant l'attaque", a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, le ministère de la défense somalienne parle de 120 personnes tuées.

"Ils ont perdu et maintenant nous avons le contrôle entier de la zone, la situation est normale", a-t-il ajouté, sans faire de commentaire sur le nombre de victimes dans les rangs de l'Amisom et de l'armée somalienne.

Des témoins ont affirmé que l'attaque avait commencé quand un shebab s'est fait exploser au volant d'une voiture piégée en vue de démolir l'entrée de la base.

"Nous avons entendu une énorme explosion et des coups de feu avant la nuit", ont témoigné des résidents au correspondant de VOA Somali.

Les résidents disent que cinq civils ont été tués lors des échanges de feu.

Des attaques récurrentes dans la région

Les shebab ont mené plusieurs attaques d'ampleur contre des bases de l'Amisom lors de l'année écoulée en utilisant ce modus operandi. En janvier à El-Adde (sud de la Somalie), ils ont revendiqué la mort de plus de 100 soldats kényans, des informations invérifiables mais jugées crédibles par plusieurs sources sécuritaires à Nairobi.

Avant cela, les islamistes avaient attaqué fin juin 2015 une base burundaise à Lego, puis un camp ougandais à Janale, dans le sud de la Somalie.

L'attaque de jeudi est la première menée sur une base de l'armée éthiopienne, réputée pour son efficacité.

Quelque 22.000 soldats africains sont actuellement déployés en Somalie dans le cadre de la mission de l'UA. Ils soutiennent le fragile gouvernement somalien contre les shebab, qui ont juré sa perte.

Confrontés à la puissance de feu supérieure de l'Amisom, déployée en 2007, les shebab ont été chassés de Mogadiscio en août 2011.

Ils ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions, mais ils contrôlent toujours de vastes zones rurales d'où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, souvent jusque dans la capitale. Ces derniers mois, ils ont revendiqué des opérations spectaculaires, tant à Mogadiscio que contre des bases de l'Amisom.

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