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Bensouda attribue l’abandon des poursuites contre le vice-président kényan à l’intimidation


La procureure de la CPI Fatou Bensouda, le 29 septembre 2015. (AP Photo/Peter Dejong, Pool)

La procureure de la CPI Fatou Bensouda, le 29 septembre 2015. (AP Photo/Peter Dejong, Pool)

La procureure de la Cour pénale internationale dénonce une campagne "acharnée" d'intimidation de témoins de témoins pour expliquer l'abandon des poursuites contre le vice-président kényan William Ruto dans les graves violences de l'après-présidentielle de 2007.

Les juges de la CPI ont décidé mardi d'abandonner les charges et de prononcer un non-lieu en faveur de M. Ruto et de son co-accusé, le journaliste Joshua arap Sang, estimant insuffisants les éléments présentés par la procureure Fatou Bensouda depuis le début du procès, en septembre 2013.

"Cette décision reflète l'impréparation du procureur dans cette affaire. Il aurait dû assurer la protection des témoins. La crédibilité du procureur de la CPI, particulièrement le procureur Ocampo [ndlr : procureur de la CPI entre juin 2003 et juin 2012), a été entachée. Je pense que Fatou Bensouda, depuis son arrivée, essaie de corriger toutes les erreurs qui ont été commises", confie à VOA Afrique Ibrahima Kane, directeur Afrique de l’Open Society Foundations, une ONG panafricaine sise à Nairobi au Kenya.

"Dans cette affaire, il ne faut pas l’oublier, il y a plus de 1.200 morts. Donc, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de coupables. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de personnes qui ont organisé ces massacres. Si la justice internationale n’a pas pu aller jusqu’au bout, c’est que le procureur de la CPI est responsable de ce qui est arrivé", affirme M. Kane.

MM. Ruto et Sang étaient poursuivis pour des meurtres, persécutions et déportations durant les violences qui avaient suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki en décembre 2007, faisant plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés, selon l'accusation.

"Nous avons assisté à une campagne acharnée pour identifier les personnes qui pourraient servir de témoins à charge dans ce dossier et faire en sorte qu'elles ne témoignent pas", a déclaré Mme Bensouda dans un communiqué, son premier depuis la décision du tribunal de La Haye.

"Par conséquent, des témoins potentiels nous ont dit avoir trop peur pour s'engager à témoigner contre les accusés", a-t-elle poursuivi.

"D'autres, qui nous avaient dans un premier temps rapporté ce qu'ils avaient vu dans la période post-électorale, se sont ensuite rétractés et ont refusé de coopérer avec le tribunal", a ajouté Mme Bensouda qui avait dénoncé dès mardi sur le compte Twitter de la CPI une "campagne d'intimidation des témoins (...) méthodique, considérable et très bien financée".

Ibrahima Kane, directeur Afrique de l’Open Society Foundations

Ibrahima Kane, directeur Afrique de l’Open Society Foundations

MM. Ruto et Sang ont nié les trois accusations de crimes contre l'humanité portées contre eux pour meurtre, expulsion forcée et persécution, les pires violences de l'histoire post-coloniale du Kenya.

Avant même que la CPI n'autorise le lancement d'une enquête en 2010, a poursuivi la procureure, une campagne avait démarré pour intimider les témoins et elle "s'est intensifiée dans les semaines menant au procès et a continué toute la durée du dossier".

La procureure a aussi accusé Nairobi de ne pas avoir pleinement coopéré à l'enquête, une mise en cause rejetée par le Kenya.

"Malgré les assurances répétées de coopération avec le tribunal, le gouvernement kényan n'a fourni qu'une aide sélective à l'accusation", a-t-elle dit.

Elle a de nouveau appelé Nairobi à remettre à la CPI trois personnes soupçonnées d'avoir voulu acheter des témoins.

"Les obstacles que nous avons rencontrés au cours de nos enquêtes et poursuites ont contrecarré le cours de la justice pour les victimes dans ce dossier et ceci est profondément regrettable", a-t-elle conclu.

Avec AFP

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