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Des avocats dénoncent un projet de transfèrement de détenus anti-esclavagistes en Mauritanie


Manifestation de militants anti-esclavagistes à Nouakchott le 26 mai 2012.

Manifestation de militants anti-esclavagistes à Nouakchott le 26 mai 2012.

Les avocats de 13 militants anti-esclavagistes mauritaniens actuellement détenus à Nouakchott ont protesté jeudi contre un projet de transfèrement des prisonniers à Nouadhibou (nord), demandé par le parquet, l'assimilant à une tentative de "rendre difficile" leur défense durant leur procès en appel.

Ces militants de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), ONG non reconnue par l'Etat, ont été condamnés le 18 août à des peines de 3 à 15 ans de prison par la Cour criminelle de Nouakchott.

La défense a déposé le 22 août un recours. Aucune date n'a été indiquée pour le procès en appel.

La défense a pris connaissance de la demande du parquet par une lettre adressée à "la Cour suprême pour obtenir le transfert de nos 13 clients vers Nouadhibou, où ils devront être jugés en appel prochainement", a affirmé à l'AFP Gourmo Lô, un des avocats des anti-esclavagistes.

Un autre avocat de la défense, Me Brahim Ould Ebetty, a critiqué la demande, considérant "que c'est une façon d'éloigner les prévenus de leurs familles et de leurs avocats et rendre difficile, voire impossible, leur défense et continuer à les persécuter davantage".

Par la route, il faut faire près de 480 km pour relier Nouakchott à Nouadhibou.

Jusqu'à jeudi soir, aucune source n'avait pu être jointe au parquet et à la Cour suprême, et aucun commentaire n'a pu être obtenu sur le motif de la demande de transfèrement.

Me Ould Ebetty a cependant souligné que depuis le début des années 2000, il était courant en Mauritanie de voir des détenus transférés vers des prisons de province durant une procédure judiciaire.

Il a notamment rappelé le cas du président de l'IRA, Biram Ould Dah Ould Abeid, accusé avec deux autres militants anti-esclavagistes d'"appartenance à une organisation non autorisée".

Arrêtés en novembre 2014, ils avaient été jugés et condamnés en première instance à Rosso (sud) en janvier 2015, puis transférés à Aleg (centre). A l'issue de leur procès en appel dans cette ville, ils avaient été condamnés à un an de prison avec sursis puis libérés en mars 2015.

Les 13 militants anti-esclavagistes avaient été arrêtés entre fin juin et début juillet pour leur implication présumée dans une manifestation violente survenue lors du déplacement forcé par les autorités, le 29 juin, d'habitants du bidonville de Ksar à Nouakchott. Ils étaient accusés de "rébellion, usage de la violence, attaque contre les pouvoirs publics, attroupement armé et appartenance à une organisation non reconnue".

Selon Me Gourmo Lô citant des prisonniers, un des condamnés, Balla Touré, un des porte-parole de l'IRA, avait été extrait de sa cellule mercredi pour être conduit vers une destination inconnue.

"Il devait signer un procès-verbal de la liste des biens saisis dans son bureau, ce qu'il a refusé de faire en l'absence de son avocat", puis il a été "ramené dans sa cellule", a précisé Me Lô.

L'esclavage a officiellement été aboli en 1981 en Mauritanie, mais certaines de ses pratiques perdurent, une situation dénoncée avec véhémence par l'IRA.

La situation a néanmoins évolué récemment, avec l'adoption en août 2015 d'une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison, contre cinq à dix ans auparavant.

Avec AFP

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