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Avec l'aide de Dubaï, le Somaliland veut faire de Berbera un port stratégique de la Corne de l'Afrique


Au port de Berbera, dans la région de Somaliland en Somalie le 30 mai 2015.

Au port de Berbera, dans la région de Somaliland en Somalie le 30 mai 2015.

Les cargos sont rares à Berbera, principal port de la république autoproclamée du Somaliland, dans le nord de la Somalie, où des boutres de pêcheurs venus du Yémen accostent sur des quais encombrés d'épaves de navires rouillées.

Cette petite ville assoupie, assise sur des ruines ottomanes à l'abandon, voit essentiellement transiter sur ses docks des chèvres, moutons et chameaux, principales richesses du Somaliland, à destination des pays du Golfe, et guère plus de 40.000 conteneurs par an, rien à côté des quelque 900.000 conteneurs transitant par le Djibouti voisin.

Mais le Somaliland compte fermement sur un accord conclu début mai avec le géant de l'industrie portuaire Dubaï Ports World pour faire de Berbera une plateforme commerciale régionale et le porte-drapeau de sa revendication d'une reconnaissance internationale officielle.

Car l'arrivée du géant émirati au Somaliland ne représente pas seulement une manne financière de plusieurs centaines de millions de dollars, mais aussi un vote de confiance dans la stabilité et la sécurité de ce petit Etat auto-proclamé dont la sécession de la Somalie en 1991 est toujours ignorée par la communauté internationale.

"Nous allons faire de Berbera un port à la hauteur des grands ports mondiaux et devenir une plateforme pour la Corne de l'Afrique", assure Ali Mohamed, le directeur du port.

L'accord avec DP World, qui doit encore être finalisé, prévoit la construction d'un extension qui doublera la capacité du port. "D'ici un an nous pourrons traiter 200.000 conteneurs", se réjouit M. Mohamed.

"Berbera est tout aussi stratégique que Djibouti", martèle-t-il, griffonnant sur un bout de papier l'emplacement du port : sur un des couloirs maritimes les plus fréquentés de la planète, entre le canal de Suez et l'océan indien, et tout près de l'Ethiopie et son marché en plein essor de 96 millions d'habitants.

Le Somaliland a de fait en ligne de mire la perspective de devenir un point d'entrée pour l'Ethiopie, et contourner le port de Djibouti congestionné. Un accord signé en mars avec Addis-Abeba prévoit d'ailleurs que 30% des cargos à destination de l'Ethiopie passeront désormais par Berbera.

Seconde chance pour Bolloré

En concluant l'accord avec le Somaliland, DP Worlds a coiffé au poteau le Français Bolloré Africa Logistics, qui négociait depuis huit ans pour s'installer à Berbera. Le président Ahmed Silanyo avait même été reçu à l'Elysée en 2014, en dépit du fait que la France ne reconnaît pas la souveraineté du Somaliland, pour des pourparlers largement consacrés au port somalilandais.

Ce nouvel investissement émirati fait par ailleurs jaser un peu plus sur les liens entre l'entourage du président vieillissant Ahmed Silanyo et les pays du Golfe qui ne cessent d'étendre leur influence au Somaliland.

Le Koweit a déjà financé la rénovation de l'aéroport et la construction de madrassas flambants neuves. Emirates est en outre une des rares compagnies aériennes à assurer des vols quotidiens avec Hargeisa, la capitale.

"L'offre de DP World était la meilleure", se contente d'expliquer Ali Mohamed. Le directeur du port suggère que Bolloré aura "une seconde chance" lorsque le port de Berbera aura besoin d'une nouvelle extension.

Car le petit Somaliland, tout juste 4 millions d'habitants, a de grandes ambitions et se voit déjà en plaque tournante du trafic maritime pour la région.

Encore faudra t-il construire une route digne de ce nom : les 300 km qui le sépare de la frontière éthiopienne sont infestés de nids-de-poule et difficilement praticables pour les camions.

De plus, la rénovation est en souffrance. Faute de reconnaissance officielle, le Somaliland n'a pas accès aux prêts des institutions financières internationales comme la Banque mondiale ou le FMI.

Les autorités de Hargeisa veulent pourtant croire que l'attrait économique du port pourrait changer la donne.

"Nous avons fait tout ce qui était possible sur le plan politique et cela n'a pas marché", soupire Hanad Hashi, conseiller municipal de Hargeisa. "Nous devons essayer la voie économique. Nous avons besoin d'investisseurs".

Avec AFP

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