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Avant le vote du Parlement, le gouvernement d'union appelle à la mobilisation en Tunisie


Le Premier ministre tunisien Habib Essid en séance plénière le 27 janvier 2016 à Tunis.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid en séance plénière le 27 janvier 2016 à Tunis.

Le nouveau chef du gouvernement "d'union nationale", Youssef Chahed, a appelé vendredi à la mobilisation et prévenu des "sacrifices" à venir face aux lourds défis de la Tunisie, unique rescapé des Printemps arabes, avant de solliciter la confiance du Parlement.

Sauf surprise, une majorité des 217 députés de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) devrait voter en faveur de l'équipe de Youssef Chahed, qui à 40 ans deviendrait ainsi le plus jeune Premier ministre de l'histoire moderne du pays.

Mais preuve que la Tunisie cherche encore ses marques en dépit du succès de sa transition démocratique, M. Chahed deviendrait aussi le septième chef de gouvernement en moins de six ans.

Alors que le vote doit intervenir vers 20H00 GMT, le Premier ministre désigné a pris la parole en matinée, peu après l'ouverture de la séance.

- 'Perdu espoir' -

Dans un discours offensif de 45 minutes, il a justifié la "nécessité" de son gouvernement d'union par l'urgence de la situation économique et sociale.

"Nous avons jusque-là été incapables de réaliser les objectifs de la révolution (de 2011). (...) Nos jeunes ont perdu espoir, la confiance des citoyens dans l'Etat a reculé", a déclaré M. Chahed, évoquant un "discours de vérité".

"Nous sommes tous responsables" et "serons tous amenés à faire des sacrifices", a-t-il prévenu, ouvrant la voie à une politique d'austérité.

Très applaudi au terme de son intervention, M. Chahed a de nouveau égrené ses priorités, dont les luttes contre la corruption et le terrorisme.

Un vote favorable de l'ARP marquerait la fin de près de trois mois d'intenses tractations : le 2 juin, le président Béji Caïd Essebsi avait jeté un pavé dans la mare en se disant favorable à un gouvernement "d'union nationale" face aux critiques persistantes contre le cabinet de Habib Essid, un indépendant.

Issu du parti Nidaa Tounès fondé par le chef de l'Etat, M. Chahed a été désigné le 3 août. Après l'annonce samedi dernier des 26 ministres et 14 secrétaire d'Etat de son équipe, il a eu un avant-goût des difficultés: ses choix ont fait l'objet de vives "réserves" jusque chez ses alliés.

Dans un premier geste d'autorité, il a toutefois exclu de procéder à des "modifications" de dernière minute.

Outre la soixantaine de parlementaires de Nidaa Tounès, ce libéral jusque-là ministre des Affaires locales, devrait pouvoir compter sur les 69 députés du parti islamiste Ennahda, première force à l'ARP.

Malgré ses trois ministres (contre un auparavant), le parti de Rached Ghannouchi, qui continue de digérer son exercice chaotique du pouvoir entre 2011 et 2014, est apparu tiraillé.

Après des heures de débats internes, il a accusé --sans les nommer-- certains nouveaux ministres de sectarisme et de corruption, avant de laisser entendre qu'il voterait malgré tout en faveur du gouvernement d'union.

- 'Soutien conditionné' -

Cet apport doit garantir la majorité absolue à Youssef Chahed, qui pourra à défaut s'appuyer sur le "soutien conditionné" des 24 députés d'Al-Horra, bloc parlementaire né d'une scission avec Nidaa, et des 10 représentants d'Afek Tounès (libéral).

Très remonté malgré ses deux ministres, ce dernier a finalement indiqué qu'il voterait la confiance, invoquant la "situation difficile" du pays, qui ne "peut attendre".

Mais, s'il est rajeuni et féminisé, le gouvernement "d'union nationale" n'élargit que modestement son assise partisane: à l'inverse d'Afek Tounès, l'Union patriotique libre, 4e composante de la coalition sortante, a disparu.

Deux personnalités d'Al-Joumhouri (centre) et Al-Massar (gauche) entrent, mais à titre individuel. Le Front populaire (gauche) reste solidement ancré dans l'opposition.

L'équipe Chahed intègre en revanche de nouvelles personnalités indépendantes ainsi que deux "ex" du puissant syndicat UGTT. Cette ouverture permettra-t-elle une forme de paix sociale, indispensable à la relance de l'économie?

Le gouvernement ne pourra en tout cas bénéficier d'aucun état de grâce dans un pays qui a connu en janvier sa pire contestation sociale depuis la révolution, preuve que les maux (pauvreté, chômage, disparités, corruption) à l'origine de la chute du dictateur Zine el Abidine Ben Ali sont toujours là.

Outre la confirmation de l'accalmie sécuritaire des derniers mois, après une série d'attaques jihadistes sanglantes, il devra en outre rapidement améliorer le cadre de vie quotidien des Tunisiens, sensiblement dégradé depuis cinq ans, un point sur lequel le Premier ministre a insisté dans son allocution.

Avec AFP

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