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Australie/pédophilie : le cardinal Pell "savait" ou "aurait dû savoir"


Un drapelet du Vatican

Un drapelet du Vatican

Le cardinal australien George Pell "savait" ou "aurait dû savoir" les crimes pédophiles commis par des religieux dans son pays, ont affirmé mardi à l'AFP des victimes venues à Rome assister à sa déposition, par vidéoconférence, devant la Commission royale australienne.

Invoquant des problèmes cardiaques, le cardinal âgé de 74 ans, ancien archevêque de Melbourne et désormais ministre de l'Economie du Vatican, témoigne par vidéoconférence depuis dimanche et jusqu'à mercredi, d'un hôtel de Rome.

Grâce à une souscription, une vingtaine de victimes et de proches sont venus l'écouter.

Stephen Woods, violé comme deux de ses frères par des religieux de son école de Ballarat, ville d'origine de Mgr Pell près de Melbourne, reste amer.

"Il est très triste de constater que le cardinal Pell ne veut pas faire honte à son Eglise et prendre d'abord en compte les victimes. Le fait qu'il dépense des sommes obscènes pour des avocats dit très clairement qu'il cherche toujours à protéger" sa personne et l'Eglise, estime-t-il.

"Jusqu'à quel point était-il impliqué ? Je ne le sais pas. Mais nous savons qu'il avait accès aux informations, qu'il était lié de près à l'école. Il aurait dû savoir, il aurait dû poser des questions", ajoute-t-il, tout en reconnaissant qu'à l'époque, le futur cardinal "n'avait pas un grand pouvoir".

Stephen raconte ses problèmes de santé, sa dépression chronique. Un de ses frères a sombré dans la folie avant de mourir. L'autre, dit-il, a passé une partie de sa vie en prison.

"J'ai d'autres frères qui ont très bien réussi. Ceux qui ont subi des abus ont eu des vies catastrophiques", résume Stephen, tandis que sa mère a subi le rejet quand il a évoqué publiquement son calvaire il y a 20 ans.

"Les évêques contrôlent les paroisses et l'argent. Ce sont les évêques qui contrôlent les avocats. Ils ont dépensé plus d'argent pour leurs avocats que pour aucune victime", dénonce-t-il en accusant l'institution d'avoir cherché à "étouffer" l'affaire à coups de dollars.

A ses yeux, les évêques ont manifesté "un aveuglement criminel" et ont cherché à protéger les biens de l'Eglise plutôt que les enfants.

Anthony et Chrissie Foster sont eux aussi venus à Rome pour réclamer toute la vérité au cardinal: deux de leurs trois filles ont été violées par un prêtre de l'école. L'une d'elles s'est suicidée, l'autre est désormais hospitalisée à vie.

"J'avais vu le cardinal Pell il y a deux ans, il avait promis qu'il aiderait à changer le système. J'attendais qu'il mette ses paroles en pratique et il ne l'a pas fait", reproche Anthony.

Selon lui, l'audition en cours permettra d'apporter "de solides preuves qu'il a couvert le scandale". "Il ne cesse de dire qu'il ne savait pas". Mais certains éléments nouveaux vont finir par "convaincre chacun qu'il savait et qu'il n'a pas agi quand il aurait dû le faire".

Au Vatican, "nous avons vu beaucoup de mots mais peu d'action", estime-t-il, interrogé sur la tolérance zéro prônée par le pape François.

"Comment les directives (de Rome) peuvent-elles être effectives? En Australie, l'Eglise catholique consiste en 45 diocèses et 195 différents ordres religieux, sans responsable central à l'exception du pape, qui ne peut les gérer. Il n'y a personne derrière leur dos", insiste-t-il.

Devant la commission, Mgr Pell a reconnu que l'Eglise avait "failli", tout en assurant qu'il s'agissait de fautes individuelles plutôt que d'une responsabilité de l'institution.

Avec AFP

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