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Audiences au Sénat sur les abus sexuels au sein des forces armées


Le sénateur Charles Schumer, et la sénatrice Kirsten Gillibrand lors des audiences à Capitol Hill sur les sévices sexuels infligés aux femmes dans l'armée américaine

Le sénateur Charles Schumer, et la sénatrice Kirsten Gillibrand lors des audiences à Capitol Hill sur les sévices sexuels infligés aux femmes dans l'armée américaine

La commission de la Défense du Sénat américain a tenu cette semaine des audiences publiques sur les agressions sexuelles au sein des forces armées américaines. Selon le Pentagone, il y aurait eu ces 12 derniers mois quelque 26.000 cas d’abus sexuels.

Les plus hauts responsables militaires des Etats-Unis – des hommes dans leur écrasante majorité - se sont heurtés, en particulier, à l’ire des sénatrices de la commission. Comme leurs autres collègues, elles n’ont pas caché qu’elles sont outrées par différents rapports sur la situation des femmes au sein des forces armées, où - pour citer un récent documentaire - pullulent les prédateurs sexuels.

Elles ont évoqué également le nouveau rapport du Pentagone qui montre une augmentation de 35 % des cas de « contacts sexuels non-voulus » ces 2 dernières années. « Vous avez perdu la confiance des hommes et femmes qui dépendent de vous, et comptent sur vous pour obtenir justice dans ces cas. Ils ont peur de signaler les abus, craignant que cela ne mette fin à leurs carrières, ou ne conduise à des représailles. Ils ont peur d’être blâmés », a déclaré la sénatrice démocrate Kirsten Gillibrand de l’Etat de New York.

La sénatrice Gillibrand a soumis un projet de loi qui permettrait de signaler les cas d’agressions sexuelles ailleurs qu’auprès de la hiérarchie militaire. Les partisans du projet soutiennent que c’est exactement ce que font les forces armées de pays alliés comme Israël.

Mais le chef de l’armée de terre, le général Raymond Odierno, craint que cela ne compromette l’ordre et la discipline au sein de l’armée. « Si je croyais que décharger les commandants de leur rôle central, de leurs responsabilités, résoudrait le problème de ces crimes dans nos rangs, j’en serais le plus grand partisan. Mais écarter les commandants, et les rendre moins responsables ne marchera pas ».
Le général Odierno a promis de créer un environnement plus sûr pour les femmes, tout en avertissant que la solution du problème ne passe pas par l’adoption de nouvelles lois.

« La majorité des problèmes constatés ne sont pas le fruit de la faillite de notre système de justice militaire, mais plutôt celui de l'incapacité de quelques commandants et responsables à gérer correctement ce système », a-t-il déclaré.

La sénatrice Claire McCaskill du Missouri, a formulé des objections : « Je vois 2 problèmes: vous avez des prédateurs sexuels qui commettent des crimes; et vous devez travailler pour créer un environnement caractérisé par le respect. Il s’agit de 2 questions différentes. Et nous pouvons résoudre le premier problème ». Mme McCaskill a tancé les commandants qui attribuent le problème « à la promiscuité des jeunes ». Cela n’a rien à avoir avec le sexe, a-t-elle fait valoir. « On parle ici d’agression, de domination et de violence. Et tant que vous mélangerez les 2, vous n’allez pas obtenir les résultats que vous devez avoir ».

Intervenant devant la commission, l’ancienne capitaine des Marines, Anu Bhagwati, qui a décrit une armée enracinée dans des traditions sexistes, et les rites de passage. « Aller dans des clubs de striptease, et des bordels ici aux Etats-Unis, comme à l’étranger, être exposé à de la pornographie bestiale et violente, des plaisanteries de mauvais gout sur le viol, et au harcèlement verbal constamment », a-t-elle dit.

Les chefs militaires américains reconnaissent qu’ils font face à une épidémie d’agressions sexuelles. Mais ils avertissent que l’adoption de nouvelles lois issues de ces audiences pourrait éventuellement entamer leur autorité.
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