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Au Soudan, le drame des migrants s'invite au théâtre


Photographie publiée le 25 mai 2016 par la Marine militaire italienne montrant un bateau empli de migrant près des côtes libyennes.

Photographie publiée le 25 mai 2016 par la Marine militaire italienne montrant un bateau empli de migrant près des côtes libyennes.

Rabia Youssef a écrit "Le bateau de la mort", une pièce de théâtre inspirée des tragédies hebdomadaires qui ont lieues sur la mer Méditerranée.

Entassés dans un petit bateau de pêche balloté par une mer houleuse, des migrants africains sont pris d'effroi quand ils réalisent que leur fragile embarcation commence à couler.

Cette scène vécue par des milliers de migrants a été rejouée par cinq acteurs soudanais dans une pièce de théâtre, "Le bateau de la mort", à Khartoum.

Il s'agit de "faire passer le message aux jeunes" que l'immigration clandestine comporte des risques, comme celui de mourir ou de devenir la victime d'un trafic d'êtres humains, explique à l'AFP le metteur en scène, Maher Saad, après une représentation à l'ambassade d'Ethiopie.

"Le théâtre peut délivrer ce type de message parce qu'il a un impact direct et immédiat" sur les gens, ajoute-t-il.

Porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a subventionné "Le bateau de la mort", Dalia el-Roubi souligne que le Soudan est un point de passage important pour ces migrants.

"Nombre de ceux qui voyagent à travers la Libye ou périssent en cours de route ont transité par le Soudan", affirme-t-elle.

Selon l'ONU, plus de 200.000 migrants ont atteint l'Union européenne cette année en passant par la Méditerranée et plus de 2.500 sont morts pendant le voyage, la majorité d'entre eux dans des naufrages entre la Libye et l'Italie.

"J'ai écrit 'Le bateau de la mort' pour que nous réfléchissions à ces tragédies", explique son auteur Rabia Youssef.

Sur une musique poignante, cette pièce de 45 minutes se termine par la mort des migrants dans le naufrage de leur embarcation. Avant de monter à bord, ces hommes et ces femmes ont dû négocier avec un passeur qui a abusé d'eux et les a battus.

Pour Dalia el-Roubi, les "réseaux sophistiqués" de trafiquants sont les véritables responsables des drames dépeints dans la pièce.

"Souffrance"

"Les pays de la région de la Corne d'Afrique sont des pays d'origine, de transit et de destination pour les migrants, et certains sont les trois à la fois", a déclaré un officiel britannique au cours d'une récente réunion d'experts à Khartoum.

"Aucun pays ne peut s'attaquer seul à ces questions. Nous sommes interdépendants", a-t-il ajouté alors que l'Union européenne collabore avec le Soudan dans le but de gérer le flux de migrants.

Le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) accuse toutefois le Soudan d'avoir expulsé le mois dernier plus de 400 Érythréens, dont certains auraient été arrêtés en tentant d'entrer en Libye.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a aussi critiqué Khartoum car elle estime que ces migrants peuvent faire l'objet de représailles des autorités à leur retour en Erythrée, un pays que 5.000 personnes tenteraient de fuir chaque mois selon l'ONU.

Dans "Le bateau de la mort", chaque personnage a sa propre raison d'entreprendre le périlleux voyage et chacun a financé son périple à sa façon.

Un jeune homme amasse les fonds nécessaires en vendant un de ses reins. Une femme travaille comme serveuse pour se payer le voyage malgré les abus sexuels dont elle est l'objet.

"Le personnage que je joue parle de la souffrance d'une femme qui tente d'immigrer afin de permettre à sa famille d'avoir une vie meilleure", explique Sana Saeed. "Après la représentation, des personnes m'ont dit qu'elles se sentaient proches de cette femme".

Pour cette actrice soudanaise, "Le bateau de la mort" peut persuader des candidats au départ à reconsidérer leur choix de traversée vers l'Europe.

Avec AFP

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