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Au Qatar, des chameaux graines de champions


Une course de chameaux à Abu Dhabi, Émirats arabes unis, en février 2016.

Une course de chameaux à Abu Dhabi, Émirats arabes unis, en février 2016.

La course de chameaux est une tradition dans de nombreux pays du Moyen et Extrême-orient. Mais comme dans de nombreux sports, les grosses récompenses entraînent des tricheries et les cas de dopage se sont multipliés ces dernières années.

Dans un bâtiment en plein désert, Musharif, trois ans, passe ses après-midi à "nager" dans une piscine qui fait aussi jacuzzi, un entraînement visant à faire de lui un champion des courses de dromadaires, sport national au Qatar.

Fidèles aux traditions bédouines de cette région désertique, les habitants de l'émirat comme des autres pays du Golfe se passionnent pour l'élevage de ces camélidés à une bosse également appelés "chameaux d'Arabie". Et les technologies de pointe sont utilisées pour améliorer la race du dromadaire, dont le prix peut atteindre des sommes astronomiques.

"C'est pour ses muscles et c'est bon pour la vitesse", lance un des entraîneurs de Musharif en montrant la piscine d'une centaine de mètres de long que le dromadaire traverse, attaché à une corde.

Le bassin est situé dans l'enceinte de la clinique pour camélidés de Tharb, seul établissement du genre au Qatar qui est également un centre de reproduction pour dromadaires, utilisant des techniques d'insémination artificielle.

A une heure de route de la capitale ultra-moderne Doha, en plein désert, le seul indice de son existence est le nombre d'enclos le long du chemin où se trouvent des chameaux.

"Un centre comme celui-ci doit être isolé et difficile d'accès", affirme Ahmed Tibary, un vétérinaire de la clinique. "Dans la mesure où cet établissement abritera un jour des chameaux de haut niveau, vous avez besoin de les protéger".

"Plus de fans que Messi"

Treize "bébés" du centre sont actuellement engagés dans des courses ou reçoivent un entraînement, précise M. Tibary.

La grande star du moment est un dromadaire de six ans appelé "Al-Jazeera" dont la valeur est "inestimable", selon les propriétaires de haras, rencontrés sur la piste de course Al-Shahaniya.

"Il a plus de fans que Messi", plaisante l'un des propriétaires, en le comparant à la star du football mondial.

Les courses professionnelles de dromadaires ont commencé en 1972 au Qatar et la saison dure habituellement de septembre à mars. Plus de 5.000 aficionados assistent à ces compétitions dans ce pays qui compte 22.000 chameaux de course.

Les dromadaires commencent généralement les courses vers l'âge de deux ans, sur une distance de quatre km et, pour les animaux plus âgés, jusqu'à huit km.

Les courses sont de grands moments de défoulement. Les propriétaires des chameaux roulent en 4X4, suivent les chameaux sur des pistes parallèles, klaxonnent et hurlent pour les encourager.

Les simples amateurs se mêlent à ces bruyants cortèges et les accidents ne sont pas rares.

Les chameaux ont sur le dos de minuscules robots jockeys, commandés à distance pour les fouetter.

Tricheries et dopage

Trois grandes courses sont organisées dans le petit émirat chaque saison -- dont celle appelée "L'épée de cheikh Tamim", du nom de l'émir -- avec des prix tels que des voitures de luxe qui peuvent coûter jusqu'à 200.000 dollars.

"Si vous gagnez cette course, vous devenez très célèbre et votre chameau sera très célèbre", dit à l'AFP Salem Al-Marri, un propriétaire.

Quatre-vingt pour cent des chameaux de course proviennent de l'élevage traditionnel. "Je ne suis pas chanceux dans l'achat, mais je suis chanceux dans l'élevage", s'amuse à dire M. Marri.

Maintenant, tous les chameaux sont enregistrés en ligne grâce à une application iTunes. Et les propriétaires doivent fournir un test sanguin quatre jours avant chaque course.

Ce sport n'est pas seulement populaire en raison des prix qu'il met en jeu mais aussi parce qu'il rattache les Qataris à leurs traditions, selon M. Marri. "Les courses de chameaux, et le chameau en général, sont très importants pour le pays, surtout d'un point de vue culturel".

Avec AFP

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