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Au Malawi, le Conseil des médias cherche à se faire entendre


Le Conseil des médias du Malawi demande à la présidente Banda de lui laisser juger en premier lieu les cas de journalistes accusés de faute professionnnelle

Le Conseil des médias du Malawi demande à la présidente Banda de lui laisser juger en premier lieu les cas de journalistes accusés de faute professionnnelle


Au Malawi, le Conseil des médias cherche à se faire entendre, au motif que son rôle d'arbitre en cas de faute professionnelle, a été miné par les arrestations orchestrées par le gouvernement.

Pour tous les cas de journalistes accusés de faute professionnelle, le conseil demande aux autorités de passer par lui, en premier ressort.

Justice Mponda est éditeur du site d’information Malawi Voice. Il est accusé d'avoir publié de fausses nouvelles susceptibles de provoquer la peur et l'inquiétude parmi la population. Après avoir plaidé non coupable, il a été libéré sous caution, et devrait être jugé le mois prochain.

Mponda a été arrêté après avoir écrit un papier concernant un compte Facebook, sur lequel la présidente Joyce Banda aurait annoncé qu'elle n'avait pas réussi à diriger le pays et donnerait sa démission.

Un compte que les autorités qualifient de «faux ». Le site d’information de M. Mponda a également signalé que le gouvernement avait donné au Haut-Commissaire Tanzanien 48 heures pour quitter le pays. Un ordre qui, d’après le Malawi Voice, aurait fait suite à une interview dans laquelle le Haut-Commissaire Tanzanien aurait affirmé que le lac Malawi appartient à la Tanzanie. Mais ici encore les autorités, malawites comme tanzaniennes, ont démenti les informations révélées par ce site d’information.

Le conseil des médias du Malawi estime que c’est à lui d’arbitrer en cas de faute professionnelle des journalistes. Le Président de l'Institut National des Médias pour l'Afrique australe, Anthony Kasunda, explique : « Ce que nous disons, c'est que quand un parti ou un individu ou un ministère se sent lésés par les médias, ils ont l’impression de subir des diffamations ».

« Justement », poursuit M. Kasunda, « le Conseil des média a un comité d'arbitrage où vous pouvez présenter votre affaire. Les plaintes sont entendues comme devant les tribunaux. La différence, c’est qu’en passant par le Conseil des médias vous n'avez pas besoin d’avoir un avocat ».


Pour le Président de l'Institut National des Médias pour l'Afrique, Anthony Kasunda, le comité d'arbitrage, présidé par un juge, peut pénaliser les journalistes qui sont coupables d'inconduite, de la même manière que les avocats peuvent prendre des mesures pour faire radier leurs pairs. « Ce Conseil des médias du Malawi peut suspendre un journaliste s'il a commis une faute professionnelle grave. Et s'il y a besoin de compensation, il la déterminera. S’il est nécessaire qu’il présente des excuses, une décision sera prise à cet effet » affirme M. Kasunda.

Il souligne par ailleurs que les arrestations de journalistes portent atteinte à la réputation internationale du Malawi.

« Vous savez, quand vous arrêtez un journaliste, cela devient un problème international et parfois nous ternissons l’image de marque de notre pays. Pour autant, nous ne sommes pas en train de dire que nous encourageons le manque de professionnalisme. Si un journaliste fait quelque chose hors de la conduite professionnelle, je pense que la loi doit suivre son cours. En revanche si un journaliste a été arrêté pour avoir fait son travail, alors nous aurons un problème avec cette arrestation » dit M. Kasunda.

Mais pour Kelvin Maigwa, porte-parole adjoint de la police nationale, cette approche n’est pas compatible avec le mode opératoire de la police. « Ce n'est pas réaliste » affirme le responsable, « parce que si nous allons aborder un journaliste qui a commis un crime et lui disons : ‘‘Monsieur, ce que vous avez fait est n’est pas toléré, la prochaine fois, ne le faites pas ’’, d'autres secteurs de la société viendront également à nous. Peut-être que le conducteur qui a commis une infraction sur la route nous dira aussi de ne pas l’arrêter », ajoute M. Maigwa.


A l’université Chancellor College du Malawi, le professeur de droit Kanyongolo Edge explique qu’il y a beaucoup de lois qui restreignent les activités des journalistes dans le pays. Il cite celles contre la diffamation et l’interdiction d’insulter le président de la République - des règles qui à son avis n'ont pas leur place dans un Etat démocratique parce qu’elles sont contraires à la Constitution.

« Mais cela ne signifie pas que les journalistes ne sont pas soumis à la loi, parce que chaque personne est assujettie à la loi » fait valoir le professeur Edge. « Lorsqu'une personne se sent diffamée, elle devrait être en mesure d'utiliser les tribunaux. Ceux qui ne veulent pas saisir un tribunal peuvent aussi aller au Conseil des médias du Malawi pour déposer leurs plaintes, et il ne devrait pas être nécessaire de faire intervenir la police ».

M. Mponda est le deuxième journaliste arrêté au Malawi depuis que la présidente Banda a pris ses fonctions en Avril, suite au décès du feu président Bingu wa Mutharika.

En mai dernier, le journaliste Clément Chinoko a été arrêté à Blantyre pour avoir rapporté une fausse nouvelle sur deux femmes qui se seraient fiancées. Accusé d’avoir commis une faute de nature à provoquer une rupture de la paix, M. Chinoko n’a pas encore été traduit en justice.
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