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Au Liban, tensions entre le Hezbollah et les banques sur des sanctions américaines


Le centre financier de Beyrouth, Liban, décembre 2012. (VOA/V. Undritz)

Le centre financier de Beyrouth, Liban, décembre 2012. (VOA/V. Undritz)

Lorsque les banques du Liban ont fermé les comptes de partisans du Hezbollah, la réaction de l'influent mouvement chiite ne s'est pas fait attendre: il devait défendre son assise populaire et son tentaculaire réseau d'organisations caritatives, directement menacés.

"Si les banques avaient continué sur cette voie, elles auraient facilement fermées plus de 10.000 comptes", ironise l'économiste Ghazi Wazni. "Tout individu lié au Hezbollah ou employé par l'une de ses organisations aurait été concerné".

Ces fermetures, entamées en mai sur les directives de la Banque centrale, visaient à échapper aux sanctions d'une loi américaine adoptée fin 2015 pour entraver les financements du Hezbollah.

Cette loi pénalise les institutions financières qui "faciliteraient toute transaction" au profit de l'organisation ou blanchiraient ses fonds. Elle sanctionne également les banques qui "faciliteraient toute transaction" au profit d'une centaine d'organisations et de personnalités accusées par le Trésor américain d'être liées aux Hezbollah.

Selon les experts, ces mesures ne risquent pas d'affecter fondamentalement les finances du mouvement chiite, classé groupe "terroriste" par Washington et qui dispose d'une "économie souterraine" échappant au secteur bancaire.

Mais le poids lourd de la scène politique libanaise s'est retrouvé dans l'embarras: les mesures ont touché plusieurs députés et certaines organisations de son réseau d'associations caritatives, écoles et centres médicaux, dont profite une grande partie de la population.

En juin, le quotidien Al-Akhbar - proche du Hezbollah - annonçait ainsi la fermeture des comptes d'un hôpital du mouvement chiite, ou encore d'une association aidant les familles de ses soldats tués au combat. "Soit des centaines, si ce n'est des milliers de comptes", déplorait le journal.

"Agression"

"Depuis quatre mois déjà, on reçoit notre salaire en liquide, alors qu'avant, on était payé par chèque", lâche un employé d'une organisation du Hezbollah, s'exprimant sous anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Les mesures ont déclenché la colère du mouvement chiite, qui a accusé le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé de se "plier" aux demandes de Washington. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a condamné fin juin "l'agression" des banques "contre les nôtres, notre public, nos familles".

"Le Hezbollah s'est mis en colère car la pression exercée sur son assise populaire" se répercute directement sur le mouvement, estime M. Wazni. "Il sera jugé responsable de la fermeture des comptes d'individus, dont le seul tort est d'être le fils ou un frère d'un de ses cadres".

Face à l'excès de zèle des institutions bancaires, la Banque centrale s'est empressée d'intervenir, ordonnant la réouverture des comptes de députés et de quelques organisations caritatives, tout en clarifiant les critères que devaient suivre les institutions bancaires.

"La Banque centrale ne veut pas contrôler tous les comptes, mais seulement ceux qui peuvent connaître des opérations exceptionnelles, qui attirent l'attention, et qui pourraient avoir été utilisées pour financer le mouvement", explique Hassan Moukalled, rédacteur en chef d'une revue économique libanaise, intermédiaire dans les négociations entre le mouvement chiite et la Banque centrale.

"Economie souterraine"

La question reste sensible à Beyrouth. Interrogé par l'AFP, le secrétaire-général de l'association des banques libanaises, Makram Sader, se contente d'une réponse laconique: "Les banques suivent les circulaires de la Banque centrale et les mécanismes d'application décidés par les organes de contrôle", indique-t-il.

Après un attentat à la bombe qui a visé le 12 juin la Banque du Liban et d'Outre-mer (Blom Bank), l'une des plus importantes du pays, des responsables politiques n'ont d'ailleurs pas hésité à faire le rapprochement avec les tensions actuelles.

Mais pour les experts, même si les mesures affectent les partisans du Hezbollah, elles ne risquent pas de menacer ses financements, qui échappent aux canaux officiels du secteur bancaire.

Créé en 1982 par les Gardiens de la Révolution iranienne, le Hezbollah est financé et armé par l'Iran depuis cette date. "Nous recevons (d'Iran) l'argent qui nous est imparti et cela ne passe pas par les banques. (...) Aucune loi ne peut nous empêcher d'en recevoir", avait lancé fin juin M. Nasrallah.

De son côté, M. Moukalled estime qu'"on ne peut pas dire aujourd'hui que le Hezbollah dispose d'une économie structurée. On ignore s'il a des entités qui génèrent des profits et ses financements ne passent pas par le secteur bancaire". Avant de conclure: "Il y a une économie affichée et une autre économie, souterraine".

Avec AFP

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