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Neil Gorsuch se montre très discret sur ses convicttions personnelles


Neil Gorsuch

Interrogé par les sénateurs en vue d'être confirmé au neuvième siège de la Cour suprême américaine, le juge conservateur Neil Gorsuch a refusé de livrer ses opinions personnelles sur des questions comme la contraception ou l'avortement.

Au deuxième jour de son audition par la Commission des affaires judiciaires du Sénat, le magistrat a clairement affiché sa stratégie pour ce grand oral marathon: garder ses convictions secrètes, au nom de l'indépendance qu'il devra incarner au sein de la plus haute juridiction américaine. Quitte à frustrer son auditoire.

"Si je commençais à livrer des indices sur comment je jugerais, cela serait le début de la fin", a déclaré le magistrat nommé par Donald Trump, en expliquant qu'il serait alors forcé de se récuser dans de futurs dossiers.

Partisan de la peine de mort, Neil Gorsuch, 49 ans, défend beaucoup d'autres thèmes chers à l'Amérique conservatrice en matière de famille ou de religion.

Il soutient que la Constitution doit être interprétée conformément à son sens originel à l'époque de son adoption, autant d'idées qui inquiètent vivement les démocrates.

M. Gorsuch a par exemple été questionné par la sénatrice démocrate Dianne Feinstein sur "Roe v. Wade", l'arrêt emblématique de la Cour suprême qui a légalisé l'avortement dans tous les Etats-Unis en 1973.

"Considérez-vous (ce jugement) comme faisant solidement jurisprudence ?", a demandé l'élue de Californie.

"Il a été réaffirmé un certain nombre de fois", s'est borné à répondre le juge Gorsuch, sans indiquer son avis sur le droit à l'avortement. Donald Trump s'était de son côté engagé à nommer un juge opposé à l'IVG.

Sondé sur la détention des armes ou l'élection présidentielle de 2000, où la Cour suprême avait tranché en faveur de George Bush au détriment d'Al Gore, M. Gorsuch a également décliné de donner son opinion.

"Je ne peux être impliqué dans des sujets politiques", a-t-il martelé. "Il n'existe pas de juges démocrates ou républicains. Dans ce pays nous avons simplement des juges", a-t-il soutenu, malgré de nombreuses preuves du contraire.

La Cour Suprême, plus haute instance judiciaire américaine dont la mission première est de veiller à la constitutionnalité des lois, joue un rôle crucial en tranchant les importants débats de société aux Etats-Unis.

Ceux-ci sont souvent éminemment politiques, comme les sujets concernant les minorités, les discriminations raciales, les controverses électorales, etc.

Depuis la mort du magistrat Antonin Scalia il y a 13 mois, elle est divisée entre quatre juges conservateurs et quatre juges progressistes.

Mme Feinstein a également interrogé le magistrat sur un email qu'il avait envoyé en décembre 2005, ainsi que des notes qu'il avait rédigées alors qu'il travaillait pour l'administration judiciaire de George W. Bush, dans lesquels il semblait défendre le recours à la torture. M. Gorsuch a répondu ne pas se souvenir du détail de ces écrits.

Le sénateur républicain de l'Iowa Charles Grassley avait auparavant demandé à Neil Gorsuch s'il aurait une réticence à juger, le cas échéant, le président Trump qui l'a nommé.

"Je n'ai aucune difficulté à rendre un jugement pour ou contre une partie, quelle qu'elle soit, tant que c'est fondé sur la loi", a assuré M. Gorsuch, qui, ayant été nommé à vie, pourrait siéger à la Cour suprême au moins trois décennies.

Son audition fleuve doit se poursuivre mardi après-midi puis au moins mercredi. Les démocrates, minoritaires au Sénat, ont promis de livrer bataille pour entraver sa confirmation.

Neil Gorsuch, dont l'arrivée à la Cour suprême ancrera la prestigieuse institution dans le conservatisme, a besoin de réunir 60 voix parmi le total de 100 sénateurs si l'opposition démocrate lançait une manoeuvre d'obstruction.

Les républicains sont majoritaires mais n'ont que 52 sièges au Sénat. M. Gorsuch doit donc rallier les voix de huit élus démocrates. Le vote se tiendra début avril.

Avec AFP.

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