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Au Cameroun, l’absence de salles nuit à la diffusion du cinéma national


Les lauréats de Cinéma numérique ambulant au Centre culturel français de Yaoundé, au Cameroun, le 8 mai 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Il n'y a aucune salle de cinéma ouverte au public au Cameroun. Celles qui existaient ont fermé. Et depuis lors, les films camerounais font du porte à porte.

Ils sont soutenus par une structure locale, "Cinéma numérique ambulant ", qui a primé quatre oeuvres cinématographiques camerounaises, plébiscitées lors des projections publiques.

C'est sous les ovations d'un maigre public, invité à assister au lancement de la Semaine du film européen, que le directeur artistique de la fiction camerounaise "Etat civil" a reçu son prix du jour, des mains du chef de la mission de l'Union européenne au Cameroun, dans la petite salle de projection de l'Institut français de Yaoundé.

Le prix du jour est un appareil photo numérique. Une récompense de l'association "Cinéma numérique ambulant" créée en 2012 au Cameroun. Elle projette dans les villages et quartiers du Cameroun des films et documentaires camerounais, récoltant au passage l’avis du public. Entre 2015 et 2016, le public camerounais a plébiscité un documentaire et trois fictions.

Parmi elles, "Etat civil ", de Cyril Masso. Il s’agit d’un véritable plaidoyer pour l'enregistrement, dès la naissance, des enfants dans les registres d'état civil au Cameroun.

"Cinéma numérique ambulant " a fait connaître cette fiction au grand public. Tout comme les trois autres productions camerounaises récompensées au cours de la même cérémonie.

Pas de salle de cinéma et censure au Cameroun

"Il y a de très bons films camerounais que le public local n'a jamais regardé, parce qu'ils ne sont pas accessibles. Avec la création de Cinéma numérique ambulant, nous apportons ces films vers les Camerounais ordinaires", explique Stéphanie Dogmo, présidente de l’association au Cameroun.

Stéphanie Dogmo, présidente de Cinéma numérique ambulant
Stéphanie Dogmo, présidente de Cinéma numérique ambulant

Elle présente avec fierté le bilan de l'initiative qui a vu le jour au lendemain de la fermeture des salles de cinéma par leurs propriétaires qui tournaient à perte, tant à Yaoundé qu'à Douala.

"Depuis 2012, nous avons diffusés jusqu'ici presque 300 films, nous avons fait près de 700 projections cinématographiques devant plus de 250.000 personnes sur l'ensemble du territoire camerounais".

Mais au fond, le problème de diffusion des films camerounais au Cameroun dépasse largement le cadre de l'inexistence des salles de cinéma.

"Il y a trop de restrictions administratives dans la diffusion des films camerounais sur le territoire national. Il faut avoir un visa d'exploitation. Le gouvernement camerounais est aussi regardant sur les thèmes abordés par les films. Ceux contre le régime en place ne peuvent pas être diffusés. Ce qui altère, la liberté de création des cinéastes", déplore Olivier Frank Ndemba, directeur du festival des courts-métrages dénommé "Yaoundé tout court ", qui en sera à sa troisième édition en novembre prochain.

Manque de formation et mauvaise qualité des productions.

À cela s'ajoutent les pesanteurs techniques et financières qui plombent la diffusion des films camerounais.

"Nous avons un réel problème de formation des techniciens du cinéma au Cameroun. Nous n'en avons presque pas. Ce qui rend nos productions de faible qualité sur le marché concurrentiel. En plus, les pouvoirs publics ne financent pas le cinéma comme il convient", note Blaise Pascal Tanguy, un jeune réalisateur camerounais qui réside en France.

Le producteur de cinéma camerounais Blaise Pascal Tanguy
Le producteur de cinéma camerounais Blaise Pascal Tanguy

Son documentaire sur les médias de la rue au Cameroun a été projeté dans 53 localités du pays grâce à "Cinéma numérique ambulant".

Le marché de la diffusion des films camerounais est sans distributeur camerounais. La dernière salle de cinéma a fermé en 2009 au Cameroun.

Désormais, pour faire connaître leurs oeuvres au grand public, les réalisateurs camerounais se tournent par exemple vers l'Institut français de Yaoundé.

"Évidemment, nous sommes disposés à projeter les films camerounais. Certains réalisateurs viennent me soumettre leurs films. Si le thème est pertinent, si la qualité de la production l'est aussi, le film est accepté, Comme c'est le cas avec les autres films africains", explique Laure Dominguel, animatrice culturelle à l'Institut français du Cameroun.

Laure Dominguel, assistante culturelle à l'Institut français de Yaoundé
Laure Dominguel, assistante culturelle à l'Institut français de Yaoundé

L'horizon s'annonce encore plus obscur dans la diffusion des films camerounais au Cameroun, le gouvernement n'ayant pas en vue de construire de sitôt des salles de cinéma. Celles qui existent appartiennent à un grand groupe français, propriétaire d'une chaîne de télévision satellitaire. La salle de cinéma inaugurée en grande pompe n'est toujours pas opérationnelle.

Emmanuel Jules Ntap, correspondant à Yaoundé

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