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Les attentats de Paris relancent le débat européen sur l'accueil des migrants


Des migrants approchent de l'île grecque de Lesbos, le 13 novembre 2015. (Giannis Kotsiaris/InTime News via AP)

Des migrants approchent de l'île grecque de Lesbos, le 13 novembre 2015. (Giannis Kotsiaris/InTime News via AP)

Le président de la Commission estime qu'"il n'y a pas lieu de revoir dans leur ensemble les politiques européennes en matière de réfugiés", alors qu'un passeport syrien a été retrouvé près du corps d'un des kamikazes à Paris.

Les attentats de Paris et la découverte d'un passeport syrien près du corps d'un des kamikazes ont aussitôt relancé les tensions au sein de l'Union européenne sur la politique d'accueil des migrants, les partisans d'une ligne dure estimant leurs craintes plus fondées que jamais.

Face à eux, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker est intervenu dimanche pour défendre la ligne retenue jusqu'alors, assurant qu'"il n'y a pas lieu de revoir dans leur ensemble les politiques européennes en matière de réfugiés".

Athènes et Belgrade ont confirmé que le passeport syrien retrouvé près d'un kamikaze du Stade de France -et dont on ne sait pas encore avec certitude s'il lui appartenait- était celui d'un migrant arrivé le 3 octobre par l'île grecque de Leros, et qui a par la suite transité par la Serbie.

"Tous les réfugiés ne sont pas des terroristes de l'EI. Mais croire qu'il n'y a aucun combattant parmi les réfugiés est naïf", a relevé dimanche dans la presse allemande Markus Söder, un ténor du parti conservateur catholique bavarois CSU.

"Paris a tout changé" et "le temps n'est plus à une immigration incontrôlée", a martelé ce dirigeant, dont le parti critique depuis plusieurs semaines la politique accommodante de son alliée la chancelière Merkel à l'égard des réfugiés.

Sans attendre d'entrer en fonction, le futur ministre aux Affaires européennes polonais, le conservateur Konrad Szymanski, a annoncé dès samedi que son pays, déjà très hostile à l'accueil de réfugiés, n'aurait désormais "pas la possibilité politique" de respecter les accords européens de relocalisation d'immigrés.

"Monsieur le Premier ministre, je vous le demande : fermez nos frontières, maintenant!", a de son côté lancé le populiste néerlandais Geert Wilders, dont le parti caracole en tête des sondages dans son pays.

Le mouvement islamophobe allemand Pegida a pour sa part jugé des attentats en Allemagne inéluctables "si l'on n'arrête pas l'avalanche des demandeurs d'asile, si l'on ne sécurise pas correctement les frontières".

"Illusion de sécurité"

Plus de 800.000 migrants sont arrivés en Europe par la mer depuis le début de l'année, en majorité depuis le Moyen-Orient, et l'Allemagne table sur l'accueil de près de un millions de réfugiés à lle seule cette année.

Le ministre allemand l'Intérieur, Thomas de Maizière, a toutefois mis en garde contre tout "lien hâtif" entre les attaques terroristes de Paris et la crise migratoire en Europe.

"Ceux qui ont perpétré les attentats sont exactement ceux que les réfugiés fuient, et non pas l'inverse", a assuré de son côté M. Juncker avant le sommet du G20 d'Antalya (sud de la Turquie).

"Celui qui est responsable de ces attaques à Paris ne peut être mis sur un pied d'égalité avec les vrais réfugiés qui cherchent asile", a-t-il dit, jugeant qu'il ne fallait pas céder à des réactions "basiques".

Une source de l'entourage de M. Juncker a précisé que ses propos ne signifiaient pas qu'il y avait une marge de manoeuvre pour revoir même partiellement cette politique.

Pour le chef de la diplomatie néerlandaise, Bert Koenders, "fermer les frontières, c'est créer l'illusion qu'on est en sécurité, c'est un conte de fées qui n'aide personne".

"Il ne faut pas être naïf, il faut contrôler les migrants pour savoir à qui on a affaire, mais il faut faire très attention lorsqu'on lie des causes et des effets" a-t-il dit.

"Je comprends cette peur, et on ne peut pas totalement exclure" la présence de jihadistes parmi les migrants, mais "nous avons affaire à un terrorisme qui a eu lieu aussi bien avant qu'après la grande vague de migration", a ajouté M. Koenders.

En Croatie, devenu le principal pays de transit des migrants dans les Balkans, le Premier ministre Zoran Milanovic a également jugé que "la fermeture (des frontières) et les barbelés n'empêcheront pas de tels drames". "Je ne veux pas relier la crise des migrants à tragédie de Paris", a-t-il souligné.

En France, l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, leader de l'opposition conservatrice a demandé dimanche à l'Union européenne "une nouvelle politique d'immigration", tout en soulignant qu'"il n'y a pas de lien, naturellement" avec les attentats.

AFP

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