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France : le patron de l'unité d'élite de la gendarmerie plaide pour une réactivité accrue lors d'attentats


La police francaise verifie un colis suspect devant le Palais de Justice de Paris en France, 16 novembre 2015. (AP Photo/Francois Mori)

La police francaise verifie un colis suspect devant le Palais de Justice de Paris en France, 16 novembre 2015. (AP Photo/Francois Mori)

Les attentats de 2015 ne marquent pas une "rupture stratégique" dans les modes opératoires des jihadistes mais poussent à une amélioration de la "réactivité" des forces de l'ordre, estime le colonel Hubert Bonneau, patron de l'unité d'élite française du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale).

Question : les attentats de 2015 marquent-ils un nouveau virage ?

Colonel Hubert Bonneau : "Ce qui s'est passé en 2015 n'est pas une rupture stratégique. C'était prévisible parce que la méthode employée - déstabiliser par des opérations qui visent à stupéfier l'adversaire - était déjà écrite. En 2004, Abou Moussab al-Souri publie l'"Appel à la résistance islamique mondiale" dans lequel il incite des cellules clandestines indépendantes à agir en Europe pour susciter un climat de guerre civile en adoptant la stratégie des mille entailles. Un an plus tard, Abu Bakr Naji publie "la gestion de la barbarie" qui n'est ni plus ni moins que le tableau de marche de ce qui se passe aujourd'hui dans les mouvements radicaux jihadistes. Depuis, les revues de propagande d'Al-Qaïda puis celles de l'EI (groupe Etat islamique) diffusent massivement ces modes opératoires, exportés de Syrie et d'Irak. Des actions simples qui visent des cibles "molles" avec un rapport coût-efficacité extraordinaire (...). Aujourd'hui, ce qui est difficile, c'est la détection du passage à l'acte. Le GIGN doit être prêt à agir partout parce que les terroristes peuvent frapper partout".

Q : Comment y faire face ?

R: "On va travailler encore plus sur la réactivité. Sur la phase initiale, il y a peu de chances qu'on y soit. Il y aura toujours un délai de retard des forces d'intervention, qu'il nous faut compacter au maximum. Dans le cadre de tueries planifiées, on a toujours une phase très courte. Au Bataclan, la tuerie de 90 personnes dure 20 minutes. Systématiquement, la tuerie s'arrête quand il y a opposition avec les forces de l'ordre.

Lors du retranchement, il est désormais acquis qu'il n'y aura aucun échange programmé d'otages (contre la satisfaction d'une revendication), contrairement à une prise d'otages classique. Les otages qui sont là sont un matelas, un élément retardant la progression des forces d'intervention. Mais si nous n'intervenons pas le plus vite possible, il y aura encore plus de victimes. C'est l'enseignement tiré des attentats du 13 novembre, qui va venir modifier nos modes d'intervention. Il nous faudra avoir une action chirurgicale, la plus poussée possible et la plus rapide possible".

Q : Cela veut-il dire qu'on ne peut plus négocier avec des jihadistes ?

R: "Négocier avec des gens qui ont la volonté de mourir c'est compliqué. Néanmoins, on fera tout pour négocier. Si on peut avoir la reddition tant mieux mais nous ne sommes pas naïfs. La négociation reste pour nous un outil tactique fondamental pour rassembler le maximum d'informations. Il ne faut pas voir la négociation comme quelque chose qui permettra d'avoir la reddition. Si les terroristes parlent aux médias et parviennent ainsi à médiatiser leur revendication, nous ne pourrons pas engager de négociation, ce qui est extrêmement préjudiciable. Par ailleurs, il nous faut intégrer le traitement médiatique dans nos modes opératoires. On sait que les terroristes ont un contact à l'extérieur qui peut grâce aux médias les aiguiller pour faire plus de dégâts".

Avec AFP

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