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Attentat de Nice: des tensions rallumées dans la société française


Une femme prie lors d'une messe en hommage aux victimes à la cathédrale de Nice, le 15 juillet 2016.

Une femme prie lors d'une messe en hommage aux victimes à la cathédrale de Nice, le 15 juillet 2016.

Colère, dérapages racistes... Dans une société française durement frappée par le terrorisme depuis un an et demie, l'attentat de Nice il y a une semaine a rallumé des tensions attisées par un climat politique délétère à l'approche d'élections nationales en 2017.

"Ce qui est clair, c'est que remontent à la surface des lignes de fracture qui existent mais n'étaient pas explicites : que l'on puisse huer un Premier ministre, que l'on voie s'exprimer de façon ouverte certains propos racistes", dit à l'AFP le sociologue Michel Wieviorka.

"Après un tel drame, la colère est légitime, parce que des compatriotes ont été tués, parce que des innocents ont été frappés. Mais elle ne peut dégénérer dans la haine et la suspicion", a déclaré mercredi le président François Hollande.

A Nice, l'endroit de la Promenade des Anglais où a été abattu l'auteur tunisien du carnage du 14 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a servi dans les jours qui ont suivi de défouloir, détritus et mégots s'amassant à côté d'une inscription à la craie sur le sol : "Lâche !".

Mais la colère de certains a aussi dérapé et pris pour cible la communauté musulmane, pourtant "sans doute la plus touchée dans cet attentat" selon la mairie. D'après des imams locaux, une "trentaine" de musulmans figurent parmi les 84 tués.

Sur les lieux du drame, des invectives ont fusé lundi lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes, comme en témoigne une vidéo visionnée plus de 2,6 millions de fois sur Facebook.

"Retournez où vous êtes née", crie un homme à une jeune femme d'origine maghrébine. "Je suis née en France, monsieur. Où je vais ?", réplique-t-elle. "Vous êtes une honte pour la France", lui assène alors sans se démonter son interlocuteur, soutenus par d'autres, avant qu'un policier intervienne pour stopper l'incident.

Au cours de la même cérémonie, le Premier ministre Manuel Valls a été la cible de huées et d'appels à la démission.

- 'Années de plomb' -

"La violence rôde un peu partout en France", relève Michel Wieviorka, qui rappelle les saccages du printemps par des groupes de casseurs, en marge d'une fronde sociale contre une réforme du droit du travail.

"On est sur quelque chose qui est exacerbé par le contexte politique alors que se préparent les échéances présidentielle (et législatives). Tout ça crée des conditions favorables à un impact maximum du terrorisme", estime le sociologue.

Loin des démonstrations d'unité nationale de janvier 2015, l'attentat de Nice a envenimé le climat politique. A neuf mois de la présidentielle, l'opposition de droite et l'extrême droite accablent un exécutif socialiste affaibli et plombé par une impopularité record.

L'atmosphère de surenchère est favorisée par l'approche de primaires à droite en novembre.

L'attentat de Nice est la troisième tuerie de masse en un an et demi en France, après les attaques de janvier et novembre 2015 à Paris. Au total, le bilan de ces carnages dépasse 230 morts et plusieurs centaines de blessés, du jamais vu dans l'histoire moderne du pays en temps de paix.

De hauts responsables français ont récemment exprimé leur inquiétude quant à l'impact potentiel de ces tragédies répétées, devant une commission parlementaire d'enquête sur les attentats de 2015.

"La question de la résilience de la société française se pose", a résumé Bernard Bajolet, le patron des services de renseignement extérieur (DGSE), estimant que la France devait s'armer "moralement" pour une lutte de "très longue haleine". "Cela me rappelle les +années de plomb+ qu'ont connues des pays tels que l'Italie", a-t-il analysé.

Patrick Calvar, son homologue du renseignement intérieur (DGSI), s'est dit confiant dans la capacité des autorités à "gagner contre le terrorisme" mais "beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qu'il entraîne".

Il a marqué sa préoccupation d'une dérive vers "une confrontation entre l'ultradroite et le monde musulman, pas les islamistes mais bien le monde musulman".

"Je ne pense pas du tout qu'on puisse parler de guerre civile. Par contre je vois un pays qui se droitise et regarde vers l'extrême droite", affirme Michel Wieviorka.

Avec AFP

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