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Les Canadiens tués dans l'attaque de Ouagadougou "bienfaiteurs" d'un village


Les six Canadiens tués dans le café-restaurant Cappuccino étaient des "bienfaiteurs" de Niou, le village de leur ami Paul Guelbéogo, tué également dans l'attaque.

"C'est tout un village qui pleure la disparition de leurs amis", soupire le visage renfermé Ousmane Sawadogo, le neveu de Paul Guelbéogo.

"Paul était venu accompagner les amis canadiens qui devaient prendre leur vol retour. Il avait dit qu'il rentrerait tard. Mais l'heure du vol a été retardée et c'est comme ça qu'ils ont décidé de prendre un dernier verre au Cappuccino. La mort les a trouvés ensemble là-bas", raconte M. Sawadogo.

Paul Guelbéogo, chauffeur retraité de la Radiotélévision du Burkina poursuivait son métier de toujours à titre privé. C'est dans ce cadre qu'il a rencontré le Québécois Yves Carrier avec qui il s'est lié d'amitié.

"A chaque fois qu'il venait au Burkina, que ce soit seul ou avec des amis ou sa famille, c'est son ami Paul qui lui servait toujours de chauffeur", raconte à l'AFP M. Sawadogo.

"Leur amitié était telle qu'ils étaient devenus comme des membres d'une même famille. Les enfants se connaissaient pratiquement", a raconté M. Sawadogo.

Dans le cadre de ses actions humanitaires, Yves Carrier, son épouse Gladys et leurs deux enfants ainsi que deux amis avaient fait le déplacement au Burkina Faso pour réhabiliter une école près de Kombissiri, à l'est de la capitale. Tous ont trouvé la mort à Ouagadougou.

"Ami du Burkina", Yves Carrier conduisait depuis plusieurs années des missions humanitaires dans ce pays d'Afrique de l'Ouest de 18 millions d'habitants où plus de 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Le Burkina Faso est considéré par certains comme "le paradis des ONG". Les organisations humanitaires y trouvaient stabilité et sécurité, alors que la plupart des pays du Sahel connaissent violences et instabilités.

- Deuil dans tout le village -

Dans le village de Niou, à 60 kilomètres de Ouagadougou, Yves Carrier avait offert un moulin pour aider les femmes, explique Ousmane Sawadogo.

"A chaque fois qu'ils venaient au Burkina, ils faisaient toujours un tour au village et les femmes éprouvaient de la joie à accueillir leurs bienfaiteurs". "C'est le deuil dans tout le village depuis l'annonce de ce carnage", poursuit-il.

Le fils de Paul Guelbéogo se tient loin de l'entretien. Très ému, il ne veut pas s'adresser à la presse.

Pour la famille Carrier et leurs amis, une messe sera dite à la cathédrale de Ouagadougou avant le rapatriement de leurs dépouilles au Québec. L'AFP n'a pas pu obtenir la date de retour des disparus.

Selon le bilan officiel, 30 personnes, majoritairement des Occidentaux, ont péri vendredi soir dans l'attaque jihadiste qui a fait également 70 blessés.

Sur les quatre lieux qui ont été frappés, le Cappuccino, qui accueillait de nombreux expatriés sur l'avenue la plus fréquentée de Ouagadougou, était la première cible des assaillants. 26 personnes y ont été abattues: 17 à l'intérieur et 9 sur la terrasse.

Le Canada a offert son assistance en dépêchant six experts de sa police scientifique au Burkina Faso pour l'enquête conduite par le procureur de Ouagadougou.

Ottawa et Ouagadougou entretiennent des relations diplomatiques depuis plus de trois décennies. Des sociétés canadiennes contrôlent la quasi totalité des mines d'or du Burkina.

Selon le ministère canadien des Affaires mondiales, le Canada est le premier investisseur dans ce pays d'Afrique de l'Ouest où l'or a détrôné en 2009 le coton, qui constituait depuis la colonisation française la principale source de devises.

Pour l'année fiscale 2013-2014, les échanges bilatéraux de marchandises ont atteint de 75 millions de dollars. Les importations canadiennes en provenance du Burkina Faso se sont montées à 48,5 millions de dollars. La même année, le Canada a fourni 33 millions de dollars en aide humanitaire au Burkina.

Avec AFP

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