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Attaque en Côte d’Ivoire : « Un dangereux cap vers le Sud » selon Bakary Sambe


Présence des forces de sécurité à la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam, théâtre d’une attaque djihadiste, dimanche 13 mars 2016. (AP Photo / Christin Roby)

Présence des forces de sécurité à la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam, théâtre d’une attaque djihadiste, dimanche 13 mars 2016. (AP Photo / Christin Roby)

Les attentats de Ouagadougou ont définitivement signé la fin des exceptions en Afrique de l’Ouest, confie Dr Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies de Dakar dans une interview à VOA Afrique.

L’attaque djihadiste contre la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam, dimanche, a remis sur le tapis la question sécuritaire pour les pays ouest-africains.

Dr Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies

Dr Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies

Mais pour le Dr Bakary Sambe, fondateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique au sein du ‘Timbuktu Institute - African Center for Peace Studies’ qu’il dirige, cet attentat n’est pas une surprise. Car, souligne-t-il, la lettre mensuelle de son observatoire tirait déjà la sonnette d’alarme dans sa dernière édition.

« Les attaques de la gendarmerie d’Oursi, en août 2015, dans le Sahel Burkinabé auraient dû alarmer la communauté internationale qui s’est réveillée choquée par l’ampleur des attentats de Ouagadougou. De même l’avancée des groupes vers le Sud avait été matérialisée par les incursions dans la région de Sikasso qui si elles se poursuivent n’épargneront bientôt la Côte d’Ivoire voisine. Le 7 mars, une attaque a visé la brigade de gendarmerie de la ville frontalière de Misséni avant que les assaillants ne soient repoussés vers la Côte d’Ivoire. Ce pays partage 500 km de frontière avec le Mali et est en train de faire face à des actions jusque-là insoupçonnées qui visent à le transformer comme une nouvelle base arrière avec tous les risques sur sa fragile stabilité », écrit le Dr Bakary dans la lettre publié en ce mois de mars.

Selon l’enseignant-chercheur au Centre d’étude des religions (CER) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis- UFR CRAC (Sénégal), l’attentat de Grand-Bassam soulève plusieurs autres questions.

« Premièrement, la question de la porosité des frontières maliennes que je définie comme un ventre troué risque de poser des problèmes d’instabilité à tous les pays qui lui sont voisins. La deuxième chose, c’est une crise de défaillance en termes d’approches régionales et inter-régionales pour ce qui est de l’extrémisme violent qui, à mon sens, ne peut être vaincu que par un concert d’Etats. Troisièmement, nos Etats sont dans une forme d’impréparation par rapport à la transnationalité des acteurs qui depuis des années sont en train de challenger le principe même de souveraineté des Etats », observe Dr Bakary.

l’Afrique est en train de devenir le nouveau terreau de ces mouvements djihadistes

Quid du Sénégal, après le Burkina Faso, le Mali et maintenant la Côte d’Ivoire ? « Les attentats de Ouagadougou ont définitivement signé la fin des exceptions en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal est resté cet îlot de stabilité dans cet océan d’instabilité. Pour qu’il le demeure justement, il faudrait des mesures idoines et une coopération avec les pays de la région », affirme Dr Bakary.

Pourquoi le djihadisme-t-il se répand-il en Afrique de l'Ouest ? « Je crois que l’Afrique est en train de devenir le nouveau terreau de ces mouvements djihadistes dans un environnement où il y a une forte concurrence entre Daech (Ndlr : groupe Etat islamique) et les autres mouvements comme Aqmi et Al-Mourabitoune etc. Cette avancée - ce que j’appelle le cap dangereux vers le Sud - qui à mon sens plus que fragilise un pays comme la Côte d’Ivoire qui vient de sortir d’une crise », conclut Dr Bakary.

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