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AT&T-Time Warner : une fusion séduisante mais très risquée


Le câblo-opérateur AT&T et le géant des médias Time Warner ont annoncé un projet de fusion.

Le câblo-opérateur AT&T et le géant des médias Time Warner ont annoncé un projet de fusion.

Nouveau départ ou mauvais remake ? La fusion entre le câblo-opérateur AT&T et le géant des médias Time Warner semble séduisante même si un mariage similaire, entre AOL et Time Warner en 2000, s'était soldé par un échec cuisant.

Dans un secteur des médias chamboulé par l'arrivée de Netflix et d'Amazon, unir le 2e fournisseur d'accès internet aux Etats-Unis avec le propriétaire des chaînes de télévision HBO ou CNN et des studios de cinéma Warner Bros fait sens économiquement parlant.

Les deux groupes ont ainsi présenté la transaction à 85,4 milliards de dollars comme l'alliance "entre le meilleur contenu du monde et le réseau à même de l'acheminer sur tous les écrans, sous la forme désirée par le consommateur".

Sur leur mobile, leur télévision ou leur tablette, les clients du nouveau mastodonte des médias pourront ainsi profiter des programmes-phares de l'empire Time Warner et notamment de HBO, qui a donné naissance aux séries cultes "The Wire" et "The Sopranos" et plus récemment à "Game of Thrones".

De nombreux évènements sportifs seront également accessibles, Time Warner détenant les droits sur la ligue de basketball américain (NBA) et celle de baseball, deux piliers du divertissement aux Etats-Unis.

Selon les analystes, l'opération fait toutefois face à de nombreux obstacles et devra notamment réussir à faire cohabiter deux cultures d'entreprises très différentes.

"On a déjà vu ce scénario avant et ça ne s'est pas bien terminé", assure Rebecca Lieb, une experte indépendante des médias.

En 2000, le fournisseur d'accès AOL s'était ainsi uni à Time Warner mais le mariage avait rapidement vacillé sur fond de pertes record de près de 100 milliards de dollars en 2002. Le divorce a été officiellement prononcé en 2009.

Jeff Bewkes, le patron de Time Warner, avait alors qualifié cette fusion de "plus grosse erreur dans l'histoire des entreprises".

"C'est difficile de combiner technologie et créativité", explique Mme Lieb.

- Changement d'habitudes -

Malgré ce précédent, AT&T n'avait toutefois guère le choix et se devait de répondre à la concurrence, notamment celle de son grand rival Comcast qui a avalé le géant des médias NBCUniversal en 2013.

AT&T ne pouvait "pas rester sur le bas-côté" et se cantonner à des activités de simple opérateur fournissant un accès aux chaînes de télévision et à internet, explique Mme Lieb.

"Tous les opérateurs essayent d'acquérir des contenus. Ils ne veulent pas simplement faire de la distribution", poursuit-elle.

Les grands acteurs du secteur sont fragilisés par les changements d'habitudes des consommateurs, notamment des plus jeunes, qui ont de moins en moins d'appétit pour les offres de bouquets de chaînes qui dépassent souvent 100 dollars par mois.

De nombreux téléspectateurs ont basculé vers des services de vidéos à la demande plus souples et moins onéreux, comme Netflix, Hulu ou Amazon et vers des "mini-bouquets" fournis sur internet par Sony ou Dish.

Déjà en pleine ascension sur le marché du contenu avec YouTube, le géant Google serait sur le point de lancer un nouveau service de streaming qui pourrait encore davantage chambouler le secteur.

Les opérateurs de chaînes payantes sont victimes d'une "lente érosion de leur coeur de métier", assure Brett Sappington, analyste chez Parks Associates.

Même si 82% des foyers américains continuent d'être abonnés à ces services par internet ou par satellite, la tendance est au déclin, selon le Leichtman Research Group, selon lequel 665.000 personnes ont abandonné les grandes offres de chaînes payantes sur le seul deuxième trimestre.

Cette transaction pourrait également accentuer la pression sur d'autres grands fournisseurs de contenus comme Disney ou la 21st Century Fox pour qu'ils adaptent leurs offres dans un secteur à l'avenir incertain.

"La vente de Time Warner annonce des dangers imminents pour tous les acteurs", assure Richard Greenfield de BTIG Research. "Si Time Warner et ses dirigeants étaient si confiants dans l'avenir du secteur des médias (...) ils ne vendraient pas maintenant."

Avec AFP

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