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Le gouvernement tanzanien libère un rappeur arrêté dimanche

  • VOA Afrique

John Magufuli lors d'un meeting électoral à Dar es Salaam, 23 octobre 2015. (AP Photo/Khalfan Said)

Un célèbre rappeur tanzanien, Emmanuel Elibariki, connu sous le nom de "Nay wa Mitego", a été libéré lundi sur ordre du gouvernement au lendemain de son arrestation pour "insulte au chef de l'Etat", ont rapporté les médias locaux.

"Oui, il est libre sous caution", a indiqué lundi au journal Mwananchi le chef de la police de Dar es Salaam, Simon Sirro.

Après son arrestation dimanche à l'aube à Morogoro, à quelque 200 km à l'ouest de la capitale économique du pays, le chanteur avait été transféré dans la journée à Dar es Salaam.

"Merci à tous ceux qui se sont levés, pour me soutenir, pour soutenir les droits", a déclaré le rappeur dont les propos ont été relayés sur les réseaux sociaux, montrant également une photo du chanteur embrassant ses fans et ses proches à sa sortie du commissariat.

Sa remise en liberté a été ordonnée lundi matin par le nouveau ministre de l'Information Harrison Mwakyembe, précisant qu'il s'agissait de la volonté du président John Magufuli lui-même.

Emmené au commissariat

"C'est la vérité, je suis aux arrêts. En ce moment, je suis en train d'être emmené au commissariat de police de Mvomero. J'aime tous les Tanzaniens", avait écrit sur son compte Instagram Emmanuel Elibariki, connu sous le nom "Nay wa Mitego" et dont les vidéos sur YouTube sont vues par des milliers de fans.

Le jeune auteur-compositeur, réputé pour son répertoire de chansons politiques, a été arrêté dans un hôtel de Morogoro, à environ 190 kilomètres de la capitale économique Dar es Salaam.

La police a confirmé cette arrestation.

"Il a été arrêté pour avoir sorti une chanson avec des mots qui dénigrent le gouvernement; son dossier est ouvert à Dar es Salaam", a indiqué le commandant de la police pour la région de Morogoro, Ulrich Matei, au journal Mwananchi. Il a précisé que le rappeur serait emmené jusqu'à Dar es salaam.

Dans une chanson sortie la semaine dernière, Emmanuel Elibariki chante en swahili: "Qui êtes-vous maintenant ? Ne voulez-vous pas entendre de conseil ? Ne voulez-vous pas être critiqué ?", interpellant une personne qu'il surnomme "le docteur spécialiste de la crevaison des abcès".

Cette expression est régulièrement utilisée par John Magufuli pour rappeler aux Tanzaniens qu'il n'hésitera jamais à "crever les abcès", autrement dit limoger ceux qui ne mettent pas en oeuvre sa politique ou n'obéissent pas à ses ordres.

"Je constate qu'une massue a été offerte à un fou", ajoute le rappeur dans la même chanson, faisant allusion cette fois-ci au gouverneur de Dar es Salaam, Paul Makonda.

Ministre de l'Information limogé

M. Magufuli a limogé jeudi dernier son ministre de l'Information qui venait de critiquer l'intrusion musclée de Paul Makonda dans les studios d'une radio-télévision privée. Le 17 mars, M. Makonda, nommé à son poste par le président il y a un an, avait fait irruption avec six hommes armés et en uniforme dans les locaux de Clouds FM, intimant l'ordre à la rédaction de diffuser une vidéo. La rédaction avait refusé.

Cet incident et le soutien apporté par le président Magufuli au gouverneur ont suscité une avalanche de condamnations de la société civile, des associations de journalistes et de la classe politique, y compris dans les rangs du parti présidentiel.

Surnommé "tingatinga", "bulldozer" en swahili, le président Magufuli a marqué les esprits depuis son élection en déployant un style inhabituellement direct, voire abrupt, dans son exercice du pouvoir. Au point que ses détracteurs le qualifient désormais d'autoritaire et de populiste.

Avec AFP

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