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Des ONG jugent "scandaleuses" les peines de prison pour 17 opposants en Angola


Le journaliste et professeur d'université Domingos da Cruz, présenté par le juge comme le "leader" du groupe, a écopé de 8 ans et demi de prison "pour rébellion et tentative de coup d'Etat, association de malfaiteurs".

Le journaliste et professeur d'université Domingos da Cruz, présenté par le juge comme le "leader" du groupe, a écopé de 8 ans et demi de prison "pour rébellion et tentative de coup d'Etat, association de malfaiteurs".

Human Rights Watch a dénoncé un verdict "scandaleux et ridicule". Les 17 condamnés ont toujours nié les charges qui pesaient contre eux.

Les 17 opposants angolais poursuivis pour tentative de coup d'Etat contre le président Jose Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1979, ont été condamnés lundi à Luanda à des peines de 2 à 8 ans de prison, un verdict "scandaleux" selon les défenseurs des droits de l'Homme.

Le plus connu des condamnés, le rappeur Luaty Beirao, a écopé de 5 ans et demi de prison pour "rébellion contre le président de la République et tentative de coup d'Etat, association de malfaiteurs, falsification de documents".

Le journaliste et professeur d'université Domingos da Cruz, présenté par le juge comme le "leader" du groupe, a lui écopé de 8 ans et demi de prison "pour rébellion et tentative de coup d'Etat, association de malfaiteurs".

Les 17 condamnés ont toujours nié les charges qui pesaient contre eux, lors d'un procès fleuve entamé mi-novembre et maintes fois interrompu faute de témoins.

Tous membres du Mouvement révolutionnaire de l'Angola, les accusés avaient été arrêtés en juin. Ils demandent le départ du président dos Santos et assurent être partisans d'une "lutte pacifique".

A l'énoncé du verdict lundi, un membre du public a dénoncé dans le tribunal une "parodie de justice" avant d'être immédiatement arrêté, tandis qu'à l'extérieur, une trentaine de personnes criaient "Libérez les jeunes, arrêtez le dictateur Jose Eduardo dos Santos".

Le juge Januario Domingos a ordonné que les 17 condamnés soient immédiatement emprisonnés.

Seuls 14 d'entre eux étaient présents au tribunal. Nuno Dala, en grève de la faim depuis le 10 mars, est actuellement hospitalisé. Deux autres condamnés qui ont voulu entrer au tribunal lundi avec des livres de droit se sont vu refuser l'accès et ont été placés sous écrou avant même le verdict.

Les avocats de la défense ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel des condamnations.

"Les choses ont été politisées, le juge a seulement obéi aux ordres supérieurs venant du président de la République", a affirmé maître Michael Francisco.

"Ce verdict était attendu parce qu'en Angola la justice n'est pas transparente", a réagi pour sa part Pedrowisk Teca, époux de Rosa Conde, condamnée à deux ans et trois mois de prison.

- Procès 'entaché d'irrégularités' -

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a quant à elle dénoncé un verdict "scandaleux et ridicule" qui condamne des personnes "sous prétexte qu'elles se sont rencontrées, ont lu des livres, parlé de démocratie, de manifestations pacifiques et de gouvernance".

L'ensemble de la procédure judiciaire a été "entachée d'irrégularités", a déclaré à l'AFP Zenaida Machado, de HRW. "Le procureur n'est pas parvenu à prouver (...) que les 17 militants préparaient autre chose qu'une manifestation pacifique", a-t-elle estimé, affirmant que le procès était "motivé pour des raisons politiques".

En décembre, l'organisation Amnesty International avait qualifié ce procès de "parodie de justice".

Lors du procès, Domingos da Cruz avait été contraint de lire à voix haute devant le tribunal l'intégralité de son ouvrage de 183 pages que les accusés étudiaient au moment de leur arrestation. Ce livre s'intitule "Outils pour détruire une dictature et éviter une nouvelle dictature".

La communication du procès était en outre très verrouillée: observateurs internationaux interdits d'accès, journalistes autorisés par intermittence et public limité à deux proches par accusé.

La procédure judiciaire avait obtenu un retentissement international avec la grève de la faim de Luaty Beirao en septembre-octobre. Il avait refusé de s'alimenter pendant 36 jours - chiffre qui représentait symboliquement les années de présidence de José Eduardo dos Santos - pour protester contre sa détention. Il avait finalement obtenu gain de cause et avait été assigné à résidence mi-décembre tout comme 14 de ses co-détenus, tandis que deux autres étaient libres.

Le verdict de lundi tombe deux semaines après l'annonce faite par Jose Eduardo dos Santos qu'il quitterait la vie politique en 2018.

Avec AFP

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