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Amnesty dénonce la "hausse massive" des condamnations à mort au Nigeria

  • VOA Afrique

Le rapport d'Amnesty International sur la peine de mort lors d'une conférence de presse à Hong Kong, le 10 avril 2017.

Le Nigeria a prononcé en 2016 trois fois plus de peines capitales que l'année précédente, avec 527 condamnations à mort, "une hausse inquiétante" qui a hissé le géant ouest-africain au deuxième rang mondial derrière la Chine.

Dans son rapport annuel sur la peine de mort, l'ONG de défense des droits de l'Homme, Amnesty International, note que s'il y a eu en Afrique sub-saharienne moins d'exécutions, les condamnations à la peine de mort sont passées de 443 en 2015 à 1.086 l'année suivante.

Une progression principalement due à la situation du Nigeria, où la justice a prononcé 527 peines de mort contre 171 en 2015, selon l'ONG qui s'appuie sur des chiffres fournis par le Nigeria Prisons Service.

"La hausse massive et inquiétante des condamnations à mort enregistrées au Nigeria en 2016 place le pays à contre-courant de la tendance mondiale vers l'abolition de la peine de mort", note Amnesty.

Cette tendance s'explique notamment par la hausse de la criminalité dans le sud du pays, et par la résurgence des attaques menées par le groupe islamiste Boko Haram dans le Nord-Est.

Les 36 Etats nigérians appliquent la peine de mort pour des crimes comme les vols à main armée, les meurtres et la trahison. Parallèlement au système judiciaire classique, 12 Etats du Nord appliquent la charia, prévoyant une punition similaire pour l'adultère, le viol ou les pratiques homosexuelles.

En mai dernier, le Sénat nigérian avait également envisagé d'introduire une nouvelle loi faisant du kidnapping un crime capital. Plusieurs gouvernements régionaux, comme celui d'Oyo en 2016, et celui de Lagos en début d'année, ont déjà étendu son champ d'application dans ce sens.

Le phénomène des enlèvements contre rançon, qui avaient diminué ces dernières années, a connu récemment une recrudescence liée à la récession qui frappe le pays pétrolier d'environ 190 millions d'habitants.

Ces démarches "sont régressives et injustifiables, puisqu'il n'existe pas de preuve laissant penser que la peine de mort décourage les crimes avec plus d'efficacité que les autres punitions", a déclaré à l'AFP Damian Ugwu, chercheur à Amnesty Nigeria, dénonçant des lois politiciennes pour satisfaire les attentes des électeurs, la peine de mort faisant l'objet d'un "fort soutien populaire".

Fin 2016, près de 2.000 prisonniers condamnées à la peine capitale attendaient dans les couloirs de la mort, alors que seules trois personnes ont été exécutées au cours de l'année.

"Le danger est que des gens soient exécutés pour des crimes qu'ils n'ont pas commis", a expliqué Colins Okeke (Coalition nigériane contre la peine de mort), affirmant que de très nombreux accusés passaient aux aveux sous la torture, décrédibilisant le système judiciaire.

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