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Allemagne : Merkel veut expulser les réfugiés condamnés, même avec sursis


Angela Merkel à Berlin, le 1er décembre 2015.

Angela Merkel à Berlin, le 1er décembre 2015.

La polémique sur la perte du droit d'asile enfle en Allemagne, depuis les agressions sexuelles, le soir du Nouvel An, survenues à Cologne et qui impliqueraient des réfugiés.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est prononcée samedi 9 janvier en faveur d'un très net durcissement des règles d'expulsion de demandeurs d'asile condamnés par la justice en Allemagne, en l'autorisant même pour ceux condamnés à une peine avec sursis.

"Si les réfugiés ont commis un délit", cela doit "avoir des conséquences, (...) cela veut dire que le droit (de séjour) doit s'arrêter s'il y a une peine de réclusion ou même avec sursis", a déclaré Mme Merkel, tirant les leçons des agressions sexuelles intervenues le soir de la Saint-Sylvestre à Cologne (ouest), qui impliqueraient des demandeurs d'asile.

Lors d'une réunion à Mayence (sud-ouest), la direction du parti conservateur de la chancelière CDU s'est mise d'accord pour demander que la perte du droit d'asile en Allemagne soit plus systématique en cas de délit. Cette position doit désormais être discutée avec l'autre grand parti présent dans la coalition gouvernementale à Berlin, les sociaux-démocrates du SPD.

"Il est important que là où la loi n'est pas suffisante, elle soit modifiée", a affirmé, lors d'une conférence de presse, Angela Merkel, y voyant là aussi "l'intérêt de la grande majorité des réfugiés".

Pour l'heure, selon la loi allemande, l'expulsion d'un demandeur d'asile n'a lieu qu'après une condamnation à au moins trois ans de prison, mais à la condition que sa vie ou sa santé ne soient pas menacées dans son pays d'origine.

Pression sur Merkel

Les événements de Cologne mettent Mme Merkel sous une pression redoublée en vue de lui faire revoir sa politique généreuse à l'égard des demandeurs d'asile depuis septembre. Au sein de ses propres troupes, la révolte gronde à nouveau après s'être un peu apaisée en fin d'année dernière.

"Cologne a tout changé, les gens doutent", a lancé Volker Bouffier, vice-président de la CDU.

Le ton de Mme Merkel elle-même, jusqu'à présent surtout connue pour sa formule d'accueil "Wir schaffen das !" ("Nous y arriverons !"), s'est durci de jour en jour cette semaine. Vendredi, elle a jugé qu'il y avait "encore beaucoup trop" de réfugiés qui continuaient à arriver dans son pays.

L'Allemagne a vu affluer 1,1 million de demandeurs d'asile en 2015 et les violences du Nouvel An à Cologne y ont créé un choc, faisant croître les critiques à l'égard de la politique actuelle.

L'extrême droite récupère la polémique

Le mouvement islamophobe Pegida cherche à récupérer ce mécontentement en manifestant samedi après-midi dans le centre de cette cité rhénane aux côtés d'autres groupuscules d'extrême droite comme Pro-NRW.

Répondant à cet appel, plusieurs centaines de partisans étaient rassemblés devant la gare de Cologne en début d'après-midi, selon les journalistes de l'AFP. La situation a été qualifiée de "tendue" par la police.

C'est à ce même endroit que des vols et des violences sexuelles ayant visé des femmes ont eu lieu le soir du Nouvel An de la part de groupes d'hommes agissant en bandes. Déjà 200 plaintes environ selon le Spiegel, dont deux pour viol caractérisé, ont été déposées.

Avec des pancartes "Rapefugees not welcome" ("les réfugiés violeurs ne sont pas les bienvenus"), détournant le message de bienvenue aux migrants et agitant des drapeaux allemands, les partisans de Pegida étaient séparés par d'imposants cordons de police d'un millier de contre-manifestants.

"Nous sommes là pour les faire taire. Il est inacceptable que Pegida exploite l'horrible violence sexuelle perpétrée ici le Jour de l'An et répande ses conneries racistes", a déclaré Emily Michels, 28 ans, armée d'un mégaphone.

Manifestation de femmes

Peu auparavant, à la mi-journée, plusieurs centaines de femmes s'étaient réunies sur les marches de la cathédrale pour protester contre les violences.

Brandissant des pancartes affirmant "Non veut dire non. C'est notre loi. Restez loin de nous !", ces femmes ont attiré l'attention avec des sifflets et en tapant sur des casseroles.

Le manque d'informations claires sur l'enquête et l'inaction des forces de l'ordre le soir du Nouvel An ont contribué vendredi au limogeage du chef de la police de Cologne Wolfgang Albers.

La police fédérale a identifié 32 suspects, dont 22 demandeurs d'asile, et a relevé 76 infractions dont 12 à caractère sexuel, parmi lesquelles sept agressions physiques, a annoncé vendredi soir le ministère de l'Intérieur.

Avec AFP

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