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Bagarre au Parlement sud-africain sur fond de défiance grandissante contre Zuma


Ce nouvel incident au parlement illustre la détérioration du climat politique en Afrique du Sud où le président fait face à plusieurs scandales de corruption.

Les députés de la gauche radicale sud-africaine en sont venus aux mains mardi avec le service d'ordre du Parlement, pour la deuxième fois en deux semaines, illustrant la détérioration du climat politique dans un pays où le président fait face à plusieurs scandales de corruption.

Vêtus de leurs traditionnelles combinaisons rouges de mineurs, les parlementaires des Combattants pour la liberté économique (EFF, opposition) ont été violemment chassés de l'Assemblée alors qu'ils perturbaient le début de séance en demandant le départ du chef de l'Etat Jacob Zuma.

"Le président a brisé son serment, il a délibérément violé la Constitution. C'est Zuma qui devrait partir", ont-ils scandé avant de donner des coups de poing et de jeter des bouteilles d'eau aux forces de sécurité qui venaient les expulser.

L'incident, qui s'est déroulé mardi sous les yeux impassibles du président, est intervenu quelques minutes avant une séance de questions-réponses entre les parlementaires et le chef de l'Etat.

Les députés EFF, emmenés par le leader populiste Julius Malema, demandent la démission de Jacob Zuma, reconnu coupable d'avoir violé la Constitution et empêtré dans plusieurs scandales de corruption.

Fin mars, la Cour constitutionnelle, plus haute juridiction sud-africaine, avait estimé que le chef de l'Etat avait violé la Constitution pour n'avoir pas remboursé une partie des 20 millions d'euros d'argent public utilisés pour rénover sa résidence privée.

Dans les prochains jours, la justice doit aussi se prononcer sur le rétablissement ou non de près de 800 chefs d'accusation de corruption contre le président, dans une affaire de contrat d'armement.

A la sortie du Parlement mardi, Julius Malema a assuré "ne pas être effrayé" par les services de sécurité. "S'ils sont violents, on répondra par la violence", a-t-il mis en garde.

Fin avril, le leader de l'EFF avait menacé de "faire partir ce gouvernement à la pointe du fusil".

- Municipales à haut risque -

Ces dernières semaines, des vétérans du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, ont également demandé la démission du chef de l'Etat. Mais pour l'heure, le parti fait front autour de Jacob Zuma: il a rejeté en bloc, début avril, une motion de l'opposition visant à le destituer.

Au-delà des affaires de corruption, le chef de l'Etat est aussi accusé par l'opposition de miner l'économie sud-africaine, récemment rétrogradée à la troisième place en Afrique selon une étude du cabinet KPMG.

En ligne de mire des détracteurs de Jacob Zuma, l'imbroglio de décembre 2015 provoqué par la succession de trois ministres des Finances en moins d'une semaine. Cette cacophonie avait affolé les marchés et fait chuter la devise nationale, le rand.

L'actuel ministre des Finances, Pravin Gordhan, nommé sous la pression de l'ANC, a pour délicate mission de restaurer la confiance des investisseurs afin d'éviter une dégradation de la note de la dette de l'Afrique du Sud.

Après avoir retrouvé des couleurs ces dernières semaines, le rand a de nouveau chuté à la suite de rumeurs ce week-end dans la presse nationale selon lesquelles Pravin Gordhan serait prochainement arrêté par les Faucons, unité de police spéciale soupçonnée d'être sous l'influence de Jacob Zuma.

L'information a depuis été démentie par la présidence, mais l'avenir de Pravin Gordhan, suspecté par les Faucons d'activités illégales au sein du service des impôts en 2007, reste incertain au sein du gouvernement.

Mardi soir, le ministre des Finances s'est dit "complètement innocent", accusant "des individus qui travaillent pour des agences du gouvernement" de "comploter pour l'intimider".

"Pravin Gordhan a lancé une guerre contre le +capitalisme des copains+ qui a émergé en Afrique du Sud ces dernières années. Il est perçu comme une menace pour de nombreux intérêts" proches de Jacob Zuma, selon l'analyste politique Daniel Silke, interrogé par l'AFP.

A trois mois d'élections municipales à haut risque, le président apparaît aujourd'hui plus que jamais sous pression. Selon des analystes, une défaite dans une grande métropole pourrait pousser l'ANC à écourter le mandat de Jacob Zuma qui s'achève en 2019.

"Si l'ANC échoue à garder le contrôle d'une grande ville, ce sera un choc sans précédent pour le parti et cela pourrait contribuer à pousser Jacob Zuma vers la sortie", estime Daniel Silke.

Avec AFP

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