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Afghanistan: offensive des talibans à la veille d'un rendez-vous de donateurs


Des soldats afgans à Kunduz, le 27 septembre 2016.

Des soldats afgans à Kunduz, le 27 septembre 2016.

Les talibans ont lancé lundi un assaut coordonné contre Kunduz, grande ville du nord de l'Afghanistan brièvement passée sous leur contrôle l'an dernier, illustrant l'instabilité persistante dans le pays à la veille d'une conférence de donateurs à Bruxelles.

Cette réunion, prévue mardi et mercredi, à laquelle doivent participer plus de 70 pays donateurs, doit évaluer l'aide financière à apporter à l'Afghanistan d'ici 2020, avec l'objectif avoué d'empêcher l'effondrement du pays.

Selon un correspondant de l'AFP à Kunduz, "l'attaque a commencé lundi vers 03H00 (22h30 GMT dimanche) à partir des entrées sud et est" et les combats, "intenses", se poursuivaient en début de matinée contre les forces gouvernementales.

L'attaque était apparemment bien préparée, avec quatre colonnes de combattants convergeant simultanément vers le centre, selon plusieurs sources.

"Les rues sont complètement désertes, les magasins fermés, les talibans encerclent complètement la ville, a rapporté un habitant joint par l'AFP, Abdullah, 28 ans. "Nous sommes bloqués chez nous par les combats, incapables de sortir", a-t-il ajouté.

Un porte-parole des talibans a revendiqué cette attaque "dans le cadre de l'offensive Omari" lancée depuis le printemps, du nom de l'ancien leader taliban, le Mollah Omar.

"Ce matin nos moudjahidines ont lancé une offensive sur la ville de Kunduz depuis quatre directions", a indiqué Zabihullah Mujahid dans un communiqué.

"Nous avons rapidement progressé, tuant et blessant de (nombreux membres des) forces ennemies" a-t-il assuré.

"Des combattants dans les maisons"

Selon le porte-parole du gouverneur de Kunduz, Mahmood Danish, "les forces de sécurité ont repoussé les talibans dans un district mais les combats continuent tout autour et notamment près de l'hôpital" a-t-il indiqué, sans pouvoir préciser s'il y avait des victimes.

Il a accusé les insurgés de "se réfugier et de prendre position dans les maisons des civils".

Les talibans marquent ainsi le premier anniversaire de leur brève prise de contrôle de Kunduz, seule capitale provinciale tombée entre leurs mains depuis la chute de leur régime en 2001.

Ils se rappellent aussi au bon souvenir des Occidentaux qui apportent leur soutien au gouvernement d'union nationale du Président Ashraf Ghani et du chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, et dont quelque 10.000 hommes, principalement de l'armée américaine, sont déployés sous mandat de l'Otan.

Les talibans réclament le départ des forces étrangères et la fin de toute intervention occidentale dans "l'émirat islamique d'Afghanistan", qu'ils assimilent à une "occupation coloniale".

Pour eux, la conférence de Bruxelles vise "une fois encore à remplir les poches des (contractuels) étrangers et de leurs partenaires sans apporter la moindre amélioration au quotidien des citoyens ordinaires", ont-ils dénoncé dans un communiqué.

Outre les représentants de l'Union européenne et M. Ghani, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, et le secrétaire d'Etat américain John Kerry doivent participer aux travaux de Bruxelles qui devraient déboucher sur des promesses d'aide à hauteur d'au moins trois milliards d'euros par an jusqu'en 2020.

Dans un contexte de crises multiples au Moyen-Orient, "personne ne peut se permettre que l'Afghanistan soit de nouveau déstabilisé", a fait valoir un haut responsable européen avant la réunion.

Or, depuis l'offensive précédente de septembre 2015, le contrôle des forces gouvernementales sur Kunduz est resté fragile, comme dans de nombreuses autres provinces régulièremenet ciblées par les offensives des insurgés, qui jettent les civils sur les routes et entretiennent une insécurité persistante.

Le 28 septembre 2015, les talibans avaient tenu la ville trois jours durant, jusqu'au 30, avant d'annoncer leur retrait complet le 15 octobre.

Selon un rapport des Nations unies, la bataille de Kunduz avait fait 289 morts et 559 blessés parmi les civils.

Lors de la contre-offensive appuyée par les forces américaines, une frappe aérienne américaine avait notamment ciblé et dévasté dans la nuit du 3 octobre l'hôpital de Kunduz opéré par Médecins sans frontières, tuant 42 personnes parmi les patients et le personnel médical.

La présidente MSF-International Meinie Nicolai et le représentant de l'organisation en Afghanistan Guilhem Molinie avaient d'ailleurs prévu de se rendre sur place ce lundi pour rendre hommage et soutenir les victimes, ont-ils annoncé dimanche à Kaboul.

Avec AFP

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