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Dénonçant un "acharnement", les dirigeants africains envisagent de se retirer de la CPI


La 26e session de l'Union africaine à Addis Abeba, le 31 janvier 2016. (REUTERS/Tiksa Negeri)

La 26e session de l'Union africaine à Addis Abeba, le 31 janvier 2016. (REUTERS/Tiksa Negeri)

Selon Idriss Déby, "la CPI s'acharne beaucoup plus sur l'Afrique, sur les chefs d'Etat africains, y compris des chefs d'Etat en exercice, (...) qu'ailleurs dans le monde".

Les dirigeants africains, réunis ce week-end au sommet de l'Union africaine (UA) à Addis Abeba, ont soutenu une initiative kényane visant à un retrait commun de la Cour pénale internationale (CPI), qui à leurs yeux "s'acharne" sur l'Afrique.

"Le constat que nous avons fait, (c'est que) la CPI s'acharne beaucoup plus sur l'Afrique, sur les chefs d'Etat africains, y compris des chefs d'Etat en exercice, alors qu'ailleurs dans le monde, beaucoup de choses se passent, beaucoup de violations des droits de l'Homme flagrantes, mais personne n'est inquiété", a déclaré dimanche le président tchadien Idriss Déby.

"Il y a là deux mesures, deux poids", a estimé M. Déby, désigné samedi nouveau président en exercice de l'UA. "C'est pour cela que nous avons décidé d'harmoniser notre position en attendant que la CPI prenne la mesure de l'importance de la position africaine sur cette question", a-t-il ajouté.

Aucune décision légalement contraignante n'a été prise et il revient toujours à chaque pays de décider individuellement de quitter ou non la CPI, première cour pénale internationale permanente, dont le fonctionnement est régi par son traité fondateur, le Statut de Rome, entré en vigueur le 1er juillet 2002.

Mais le gouvernement kényan, depuis longtemps déjà très critique à l'égard de la CPI, qu'il accuse de cibler injustement les dirigeants africains, a soumis une "proposition (...) pour que l'UA développe une feuille de route pour le retrait des pays africains (de la CPI)", qui a été adoptée au sommet de l'UA.

La CPI a ouvert la semaine passée le procès de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, qui est devenu le premier ex-chef d'Etat poursuivi par la juridiction internationale depuis sa création.

Créée en 2002 pour juger en dernier ressort les génocidaires et criminels de guerre qui n'ont jamais été poursuivis dans leur propre pays, la CPI a ouvert des enquêtes sur huit pays au total, tous africains: Kenya, Côte d'Ivoire, Libye, Soudan, République démocratique du Congo, Centrafrique, Ouganda et Mali.

Le Kenya est en pointe dans la critique de la CPI, qui a dû abandonner en décembre 2014 - faute de preuves - des poursuites à l'encontre du président kényan Uhuru Kenyatta pour son rôle dans les violences post-électorales de 2007-2008.

Le vice-président kényan William Ruto est lui toujours poursuivi par la CPI, pour crimes contre l'humanité, meurtres, persécutions et déportations commis lors de ces mêmes violences, qui avaient fait plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés selon l'accusation.

Mais tout le monde n'est pas convaincu de l'opportunité de se retirer de la CPI. "Quitter la CPI sans avoir en vue aucun mécanisme crédible pour juger les crimes de masse serait une erreur aux proportions colossales", a estimé le quotidien kényan Daily Nation dans un éditorial.

AFP

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